Le douzième chapitre, Jérôme Loubry. Calmann-Lévy, 03/2020 (Noir). 356 p. ****

David et Samuel se connaissent depuis l'enfance, depuis qu'ils passent leurs vacances d'été dans une station balnéaire qui accueillent chaque année les familles des ouvriers de l'usine. Ils y ont fait il y a trente ans la rencontre de Julie, et formé avec elle un trio inséparable. Jusqu'au jour où Julie a disparu. Devenus adultes, écrivain renommé pour l'un, éditeur pour le deuxième, les deux hommes ont enveloppé n'ont jamais plus évoqué ce drame. Jusqu'au jour où chacun reçoit un manuscrit qui relate les événements de cet été 1986, qui les met en scène et remue leurs souvenirs...

Qu'est-il arrivé à Julie ? Le manuscrit ne le dit pas, auquel il manque un douzième chapitre. Le mystère s'épaissit d'autant plus qu'une troisième version a été envoyée à quelqu'un d'autre. A qui ? Dévoile-t-elle le dénouement ? Il appartient aux deux hommes de retrouver le contenu de ce douzième chapitre, une tâche qui se complexifie d'autant plus qu'apparaissent de nouveaux personnages qui prennent tour à tour place sur l'échiquier : l'animateur de la salle de jeux vidéos, le second couteau employé par le patron de l'usine, une gouvernante trop gentille pour être honnête, une deuxième petite fille… On pourrait s'y perdre, mais l'auteur mène parfaitement son intrigue, et campe des atmosphères propices au suspense, entre glauque et revendications sociales.  

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

vacances / disparition / passé / secret /


Posté le 06/07/2020 à 18:27

Cinq cartes brûlées, Sophie Loubière. Fleuve Noir, 01/2020. 342 p. 19,90 €. ****

Une petite fille aimée par son papa qui joue avec elle à la petite bête qui monte, tourmentée par un grand frère cruel qui ne cesse de l'humilier, et négligée par une mère dépressive. Laurence Graissac grandit et mange, se gave, se remplit pour oublier le départ de ce père qu'elle affectionnait. Son surpoids augmente les moqueries de son frère, jusqu'au jour où elle découvre la boxe. Devenue championne olympique, elle pourrait tenir là sa revanche, mais Laurence chute encore, et redevient obèse. Un cercle infernal dont seule une nouvelle donne pourrait la faire sortir...

         Bonne ou mauvaise pioche, chaque étape de la vie de Laurence est introduite par une carte : le sept de cœur symbolise l'indécision, la dame de trèfle la venue d'une personne nuisible, le dix de pique une période d'obscurité, l'as de trèfle le dépassement de soi, le quatre de cœur une déception ou une trahison… On sait dès le début qui est la dame de trèfle, et ce roman pourrait être celui d'une petite sœur qui n'a cessé, malgré tous les tourments qu'il lui a fait subir, d'aimer son grand frère. Mais Sophie Loubière a d'autres atouts dans son jeu, et y ajoute d'autres cartes qui font évoluer la partie, jusqu'à un dernier pli surprenant et remarquablement amené.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

famille / maltraitance / femme / folie /


Posté le 06/07/2020 à 18:26

Chez nous, Louise Candlish / trad. de l'anglais. Sonatine, 03/2020. 470 p. 22 € ***

Après que Fiona a découvert son mari Bram en pleine activité extraconjugale dans la cabane du jardin, le couple se sépare. Mais les Lawson parviennent à s'entendre et à partager leur balle maison de Trinity Avenue, au sud de Londres, afin que les enfants ne souffrent pas de la rupture. Tout se passe bien jusqu'au jour où, rentrant chez elle, Fi découvre que tous ses meubles ont disparu et qu'un nouveau couple est en train de s'y installer, prétendant avoir acheté la maison en toute légalité. Bram est injoignable et semble avoir disparu de la circulation. De quelle mauvaise farce Fi est-elle la victime ?

Fi décide de témoigner sur le site La Victime, un podcast consacré aux affaires criminelles, tandis que Bram a quitté l'Angleterre et loge dans une chambre d'hôtel. Victime et coupable donnent chacun sa version de l'histoire, étape par étape. La première est présentée, et reste une personne abusée, qui subit la logique implacable d'une machination ourdie contre elle. Le second a tout manigancé, mais les éléments qu'il distille dans sa confession le dédouanent en partie et font comprendre très vite au lecteur qu'il n'est pas le monstre que l'on imaginait. Ce récit à deux voix se lit agréablement mais il ne recèle pas le suspense attendu dans un thriller psychologique ; l'intrigue paraît parfois un peu grossière, et ce n'est pas le rebondissement final révélé par Fi qui y change grand-chose.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Angleterre / couple / divorce / chantage / accident /


Posté le 06/07/2020 à 18:25

L'homme de Lewis, Peter May / trad. de l'anglais. Babel noir, 01/2013. 380 p. 8,50 € *****

Deuxième tome de la "Trilogie écossaise". Fin Lacleod a quitté la police et décidé de revenir vivre sur son île natale de Lewis, où il entreprend de rénover la maison de ses parents. Mais on découvre le cadavre d'un jeune homme dans la tourbière, mort une cinquantaine d'années plus tôt. Très vite, on le relie à Tormod MacDonald, le père de Marsaili, l'amour de jeunesse de Fin. Atteint d'Alzheimer, Tormod risque d'être soupçonné de meurtre. Fin va mener une enquête officieuse auprès de Gunn, le policier chargé des recherches.

         On retrouve dans ce deuxième tome tout ce qui a fait le charme et la spécificité de L'île des chasseurs d'oiseaux : la beauté sauvage des paysages, la vie rude des habitants, une enquête qui sert de support à l'exploration du passé du protagoniste, des personnages fragiles et touchants. A travers les souvenirs du vieux Tormod, on découvre le drame des enfants orphelins confiés, dans les années 50, à des familles qui les exploitaient, et on comprend un peu mieux comment fonctionne l'esprit d'un malade d'Alzheimer. Une valeur sûre, amoureux de l'Ecosse ou pas.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Ecosse / orphelins / Alzheimer /


Posté le 13/05/2020 à 09:41

L'île des chasseurs d'oiseaux, Peter May / trad. de l'anglais. Babel noir, 11/2011. 423 p. 9,70 € *****

Premier tome de la "Trilogie écossaise". Fin Macleod, inspecteur à Edimbourg, vient de perdre son fils dans un accident de voiture. Il se rend sur son île natale de Lewis, dans l'archipel des Hébrides extérieures, au nord-ouest de l'Ecosse, afin d'enquêter sur la mort d'un habitant pendu et éviscéré. Il s'agit d'un ancien camarade de classe, une brute épaisse dont Fin avait été le souffre-douleur. A travers son enquête, Fin retrouve d'anciennes connaissances, un amour d'enfance, des traditions d'un autre âge, notamment la chasse annuelle aux gugas, les oiseaux nicheurs de l'île inhospitalière d'An Sgeir, et replonge dans un passé qu'il avait fui. Car l'important se situe davantage dans cette quête de son passé que dans l'enquête menée par Fin : à travers ses pérégrinations, ses interrogatoires, c'est toute sa propre histoire qu'il interroge. Un moyen sans doute, pour ce père en deuil, de se redécouvrir et de faire la paix avec ses fantômes. Cette recherche de soi se passe dans un paysage somptueux, battu par des vents incessants qu'endurent avec constance moutons et habitants, aux rochers fracassés par les vagues, aux cieux changeants, imprévisibles et violents. Peter May transporte son lecteur dans un univers fascinant de sauvagerie et de beauté, et nous le donne à voir avec talent.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Ecosse / tradition / gaélique /


Posté le 13/05/2020 à 09:40

Playground, Lars Kepler / trad. du suédois. Babel noir, 01/2019. 407 p. *****

         Après avoir subi un arrêt cardiaque suite à un accident au cours d'une mission militaire, Jasmine Pascal-Anderson est atteinte de stress post traumatique. Elle est persuadée d'avoir découvert un autre monde où transitent les morts. Un monde où règne une mafia toute puissante et dans lequel il faut lutter pour ne pas mourir une deuxième fois. Cinq ans plus tard, elle est victime avec son fils d'un grave accident. Le petit doit subir une lourde intervention qui nécessite d'arrêter son cœur. Comment va-t-il trouver son chemin dans ce monde des ténèbres et revenir à la vie ? Jasmine décide de se plonger dans un coma artificiel pour l'aider.

         Lars Kepler ne s'attarde pas sur le thème de la vie après la mort ou des EMI. Ce qui l'intéresse, c'est de mettre en scène un monde étrange, crépusculaire, d'inspiration fortement asiatique, où les gens pas tout à fait morts sont pesés et se voient délivrer une plaque, passeport pour l'au-delà ou pour un retour à la vie. Dans cette ville tentaculaire et surpeuplée, il n'y a ni jour ni nuit, le temps y passe bien plus vite que dans la vie, les gens survivent comme ils peuvent, mangent mais ne dorment jamais, et surtout essaient d'échapper à la triade qui récupère les plaques des plus jeunes afin de permettre à quelques privilégiés de revenir à la vie dans un corps tout neuf. Le soldat Pascal-Anderson va devoir faire appel à ses reflexes, se battre et tuer, dans une véritable épopée avec de multiples rebondissements et un rythme haletant, et découvrir que même dans l'antichambre de la mort, l'homme reste ce qu'il est, capable d'humanité ou de la pire perversité.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

mort / au-delà / famille /


Posté le 13/05/2020 à 09:27

N'éteins pas la lumière, Bernard Minier. Pocket, 02/2015. 700 p. ***

         Christine Steinmeyer, célèbre animatrice de radio trouve une étrange lettre dans laquelle une jeune femme annonce son suicide. C'est le soir de Noël, il lui est impossible de trouver son auteur. Le lendemain, un auditeur lui reproche en direct de ne pas être intervenue. Très vite, elle se sent menacée, on s'introduit dans son appartement, on pirate sa boîte mail. Personne ne la croit, ni la police, ni son employeur qui suspend son activité, ni son compagnon. La voilà complètement seule. Pendant ce temps, Martin Servaz se remet doucement de sa dépression dans un centre de repos. Le suicide d'une jeune artiste lui paraît louche, il se met à enquêter "en off".

         Evidemment, Martin Steinmeyer va rencontrer Christine Steimeyer, au terme d'une enquête semée de fausses pistes. Certains détails m'ont chiffonnée : il m'a paru peu probable qu'une femme dotée de l'aura de Christine Steinmyer, animatrice vedette de Radio 4, LA radio de la région toulousaine, ait si peu d'amis et se retrouve seule une fois que son compagnon et son employeur lui ont tourné le dos ; la forte tête de Mila Bolsanski, astronaute hyper douée, devient brusquement bien fragile ; enfin Servaz a des intuitions rien moins que surnaturelles. Néanmoins le roman se lit avec plaisir et une certaine impatience.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Toulouse / espace / folie / vengeance /


Posté le 13/05/2020 à 09:25

Les filles oubliées, Sara Blaedel / trad. de l'anglais. Terra Nova, 11/2015. 317 p. ****

         On retrouve le corps d'une femme dans une forêt danoise, au visage défiguré par une grosse cicatrice de brûlure. C'est une ancienne pensionnaire d'un hôpital pour enfants handicapés. Louise Rick, chargée de l'enquête, découvre alors que d'après l'état civil cette femme est morte depuis trente ans, ainsi que sa sœur jumelle.

       Les pensionnaires de l'hôpital psychiatriques étaient surnommés les enfants oubliés. Parce que la plupart du temps leurs familles cessaient très vite de leur rendre visite, soulagées de ne plus avoir à s'en occuper. Ces enfants étaient certes nourris et logés, mais subissaient également des sévices terribles, peut-être parce que l'on estimait qu'ils n'étaient pas assez intelligents pour ressentir la douleur, et qu'ils étaient quantité négligeable. Des pratiques médicales révolues que ce roman bien fait met en lumière, et qui ne sont pas l'apanage du Danemark.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Danemark / hôpital psychiatrique / handicap / maltraitance /


Posté le 13/05/2020 à 09:20

L'île du serment, Peter May / trad. de l'anglais. Actes Sud, 06/2016 (Babel Noir). 9,80 € *****

       Archipel de la Madeleine, à l'est du Canada. Sur l'île d'Entrée, la seule de l'archipel où on parle anglais alors que les autres sont francophones, James Cowell est retrouvé assassiné. On y envoie une équipe policière, dont Sime McKenzie, en raison de son bilinguisme. Il est notamment chargé d'interroger la veuve de la victime, et éprouve le curieux sentiment de la connaitre. Tout accable la jeune femme, ce qui afflige Sime convaincu de son innocence. 

        L'enquête policière dans ce milieu insulaire et préservé, que les jeunes générations désertent peu-à-peu, se double d'une quête personnelle. Affligé d'insomnies chroniques depuis la séparation d'avec sa femme, membre de l'équipe policière, Sime est épuisé et peine à garder les idées claires. Les quelques minutes de sommeil qu'il parvient à gagner le plongent dans les rêves où son ancêtre, dont il porte le nom, quitte son Ecosse natale et la famine 150 ans plus tôt pour se retrouver au Canada, perdant la femme qu'il aime et qui ressemble si curieusement à Kisty Cowell. Le récit prend ainsi une connotation qui frôle le fantastique, laquelle s'accorde parfaitement avec le décor, tout en embruns, en vents et en mer déchaînée, où les conditions de vie sont dures mais la nature sauvage et belle si on sait l'apprécier. L'ensemble est plutôt convaincant.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Canada / nature / migrants / 19ème siècle / île /


Posté le 12/05/2020 à 18:08

Mon territoire, Tess Sharpe / trad. de l'anglais. Sonatine, 08/2019. 551 p. 23 €. ****

Harley Jean est la fille du redoutable Duke McKenna, à la tête d'un immense réseau criminel en Californie du Nord. Elle perd sa mère à 8 ans dans de terribles circonstances. Son père prend alors en charge son éducation, à sa façon, c'est-à-dire qu'il l'élève à la dure, l'enferme dans un coffre de voiture, lui apprend à chasser, à se battre, et fait d'elle un parfait tireur d'élite. Vient le jour où elle doit lui succéder…

         Certes, Harley est imbattable, et capable de coller une balle dans l'œil d'un type à 50 mètres. Certes, elle s'est endurcie, et sait parfaitement de qui elle tient. Mais elle tient aussi de sa mère, et si elle accepte de reprendre les rênes de l'empire mafieux des McKenna, c'est surtout parce qu'elle veut entretenir le Ruby et protéger les Rubinettes, ces femmes victimes de violences conjugales qui trouvent refuge dans cet ancien motel. Se débarrasser de la meth qui a envahi tout le Comté. Et surtout de Springfield, qui dirige le clan au-delà de la rivière et qui est responsable de la mort de sa mère. Elle échafaude donc un plan, qu'elle va mettre en œuvre en une journée, tandis que son père se meurt en secret à l'hôpital. Avec l'idée fixe d'obtenir le respect dans ce monde d'hommes – pas seulement pour elle, mais toutes les femmes - et de faire les choses à sa manière. Entre chaque rebondissement de cette longue journée, elle raconte son passé par bribes, et révèle une personnalité à la fois humaine et terriblement dure. Girls don't cry, elle lutte pour garder la tête haute sans céder à la violence paternelle. On ne peut s'empêcher d'y trouver un côté un peu insistant ou répétitif dans ce combat qu'elle mène contre elle-même, afin de garder sa part humaine face au mal absolu. Mais l'héroïne est attachante, et le récit bien fait, une sorte de western noir et contemporain qui tient en haleine sans faiblir au long de ses 551 pages.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

drogue / Etats-Unis / femme / armes /


Posté le 27/01/2020 à 15:20

L'ombre de la menace, Rachel Caine / trad. de l'anglais. L'Archipel, 09/2019. 332 p. 20,99 € ****

         Une voiture défonce le garage de la maison de Gina et Melvin Royal. L'accident révèle que la pièce, parfaitement calfeutrée, servait en réalité à Melvin de salle de torture pour des atrocités commises sur de jeunes femmes, dont Gina ignorait tout. Elle est condamnée pour complicité puis relâchée, mais doit fuir avec ses enfants pour échapper au harcèlement d'une partie de la population persuadée de sa culpabilité. Quatre ans plus tard, devenue Gwen Proctor, elle s'est installée à Stillhouse Lake, une petite bourgade tranquille où elle pense pouvoir rester, tout en continuant quotidiennement à surveiller les cyberharceleurs. Mais la découverte d'un cadavre dans le lac attire de nouveaux soupçons sur elle…

         Comment Gina a-t-elle pu ainsi tout ignorer de la perversité absolue de son mari, qui donnait libre cours à ses pulsions dans sa maison même, et pendant des années ? La police aura bien du mal à croire en une telle naïveté, et bien qu'elle finisse par être acquittée, personne ne sera jamais convaincu de son innocence. Ce n'est pas seulement pour fuir les harceleurs, mais aussi pour échapper à ce doute permanent et tenter d'entamer une nouvelle vie vierge de tout soupçon que Gina devient Gwen. Evidemment, on ne peut jamais échapper à son passé, qui vous rattrape malgré toutes les précautions dont vous pouvez vous entourer – et celles de Gina-Gwen sont dignes d'un espion ou d'un agent du FBI. La méfiance des habitants, qui découvre sa véritable identité, peut-être compréhensible, mais l'acharnement de certains confine à la folie et déclenche une véritable chasse à la femme dont le rythme s'accélère et tient le lecteur en haleine. C'est dire si le roman est plutôt bien construit, malgré quelques invraisemblances, jusqu'à un dénouement final en apothéose au fond des bois.

 

Catégorie : Romans policiers / Polars

harcèlement / tueur en série / psychopathe / famille /


Posté le 26/01/2020 à 11:51

Un couple irréprochable, Alafair Burke / trad. de l'anglais. Presses de la Cité, 09/2019. 428 p. 21 € ***

         Angela Powell a tout pour être heureuse : après des années de vie modeste en tant que traiteur, elle a épousé Jason Powell, célèbre économiste auteur d'un essai à succès, et mène une vie paisible et oisive avec leur fils de 13 ans. Mais son bonheur vole en éclats lorsque Jason est accusé de harcèlement sexuel par l'une des stagiaires de son cabinet. Les choses empirent lorsqu'une femme avec laquelle il avait une liaison porte plainte pour viol. Mais Angela est décidée à défendre son mari, bien que son passé et le secret qu'elle tente de préserver risquent d'être utilisés contre elle.

         Encore un roman qui surfe sur la vague Me Too, me suis-je dit. Un de ceux où la femme est présentée comme victime et l'homme comme un prédateur incapable de contrôler ses pulsions. Corrinne, une inspectrice afro américaine, ainsi que Susanne, journaliste très populaire amie d'Angela, semblent toutes deux fermement décidées à ce que la jeune femme renonce à croire en l'innocence de son mari. Heureusement l'histoire échappe à un manichéisme simpliste et prend la forme d'une enquête extrêmement détaillée, qui donne les arguments des deux parties. L'auteur, qui a longtemps exercé en tant que procureure, connait parfaitement les arcanes du droit américain et ses spécificités - le principe du grand jury qui permet au témoin d'être affranchi de toute accusation, la réserve conjugale qui permet au conjoint de ne pas répondre à certaines questions – et ne nous épargne rien de l'avancée complexe de l'affaire. C'est long, et fait penser à ces films où sont filmés des procédures judiciaires qui vont dire aux prévenus, devant un tribunal français, Votre Honneur au président du tribunal. A l'inverse, le dénouement est extrêmement rapide, comme si l'auteur avait voulu se débarrasser au plus vite d'une histoire om finalement, le but était moins de montrer la perversité masculine que la nature retorse de l'âme humaine qui se cache derrière les jeunes femmes les plus innocentes.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Etats-Unis / harcèlement / procès / famille /


Posté le 26/01/2020 à 11:20

Les refuges, Jérôme Loubry. Calmann-Lévy, 10/2019 (Noir). 391 p. 19,90 € *****

         Un professeur d'université présente à ses étudiants un cas psychiatrique de "refuge psychologique" : en 1986, Sandrine Vaudrier, jeune journaliste, doit se rendre sur une île normande pour aller vider la maison de sa grand-mère qui y vivait en compagnie de quelques originaux. Elle découvre alors qu'une tragédie est arrivée en 1949, quand on a créé sur l'île un camp de vacances destiné aux enfants victimes des horreurs de la guerre. Les enfants se sont tous noyés lors d'une sortie en mer. Quel rôle ont joué les habitants de l'île dans ce drame ? Sandrine est retrouvée quelques jours plus tard errant sur la plage, profondément choquée. Son histoire amène les enquêteurs à découvrir que ce camp de vacances n'a jamais existé…

         Voici donc un cas d'école : qu'a vraiment vécu Sandrine, qui l'a poussée à se réfugier dans une histoire inventée ? Le travail de l'inspecteur, secondé par une psychiatre, va consister à repérer les "balises", c’est-à-dire de débusquer les éléments réels du récit de la victime, pour ramener à sa conscience les faits qu'elle a enfouis au plus profond de sa mémoire. Ce processus donne à voir une toute autre vérité, mais ce phénomène de déni ne donnerait lieu qu'à une simple révélation s'il ne cachait pas à son tour une vérité encore plus dérangeante. C'est alors que le roman prend tout son sens : les refuges s'emboîtent comme des poupées russes, pour donner jour à une véritable énigme que le professeur Villemin présente à ses étudiants et qui invite le lecteur à ne pas se laisser prendre au piège de l'interprétation facile. Voilà le lecteur tout aussi perplexe que les étudiants en psychologie, et il faut toutes les clés de l'enseignant pour parvenir à comprendre ce mécanisme complexe qu'est le déni. Jérôme Loubry distille les éléments de réponse et les effets de surprise avec brio.

Catégorie : Romans policiers / Polars

déni / psychologie / secret / traumatisme / séquestration /

Posté le 26/01/2020 à 11:17

La mort de Mrs Westaway, Ruth Ware. Fleuve noir, 09/2019. 431 p. 19,90 € ****

Harriet Westaway, surnommé Hal, vivote à Brighton en exerçant ses talents de cartomancienne hérités de sa mère, laquelle est décédée abruptement. Aux abois et sous la menace d'un créancier peu scrupuleux elle reçoit alors un étrange courrier l'informant du décès de sa grand-mère et de son statut d'héritière d'un gros patrimoine immobilier. Persuadée qu'il s'agit d'une erreur, puisqu'elle n'est pas la petite-fille d'Hester mais sa petite nièce, elle se rend tout de même aux obsèques d'Hester Westaway, et fait la connaissance de ses oncles sans avouer la supercherie…

         Comment Hal va-t-elle tenir sur la longueur, et accepter sciemment de spolier ses oncles et cette nouvelle famille au demeurant fort sympathique, alors qu'elle n'en a plus ? Le récit, entrecoupé des extraits du journal intime de la mère de Hal, permet au lecteur de comprendre petit à petit que la jeune femme n'est pas la profiteuse qu'elle pourrait être. Et puis il y a le fantôme de la sœur des oncles, disparue corps et biens, qui était très proche de la mère de Hal… Au-delà du polar psychologique, ce récit décrit également avec talent l'Angleterre contemporaine, les classes populaires et aisées, et brosse le portrait d'une famille où règnent de nombreux non dits. Mrs Westaway, la défunte propriétaire, est par définition absente du récit, mais très présente à travers le personnage de sa gouvernante acariâtre, et à travers ses principes d'économie qui font que le magnifique château dont Hal hérite n'est pas chauffé et tombe en décrépitude absolue ; elle incarne une aristocratie désuète dont la main de fer pèse encore sur ses descendants.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Angleterre / famille / héritage / secret /

Posté le 26/01/2020 à 11:16

L'homme craie, C.J.Tudor / trad. de l'anglais. J'ai Lu, 04/2019. 442 p. 8 € ****

1986. Eddie Adams, surnommé Eddie Munster, 11 ans, traine avec sa bande de copains : Gros Gav, Mickey Métal, Hoppo et Nicky. Ils ont mis au point un système de communication secret à base de bonshommes bâtons dessinés à la craie. Un jeu innocent qui s'avère pervers lorsque divers événements dramatiques vont troubler la quiétude de l'été : une jeune fille est très gravement blessée par la chute d'un manège, puis un corps démembré et sans tête est retrouvé dans la forêt. Sur la scène de crime, des bonshommes bâtons semblent indiquer où se trouvent les différentes parties du corps. Le professeur d'Eddie est accusé. Trente ans plus tard, les démons du passé refont surface et viennent briser le quotidien d'Eddie...

A 42 ans, Eddie est célibataire et enseigne l'anglais. Il partage la maison familiale avec une jeune femme gothique à laquelle il est plus attaché qu'il ne pense. Un peu paumé, un peu désabusé, il retrouve ses vieux copains qui contrairement à lui semblent avoir tiré un trait sur le passé. Eddie ne se pardonne pas certaines erreurs qu'il a commises, et sans doute espère-t-il, en essayant de retrouver les traces de cet homme craie surgi du passé, faire la paix avec ses fantômes. Les souvenirs reviennent petit-à-petit, et lui permettent de faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé trente ans plus tôt. L'alternance entre passé et présent est habile, le roman bien construit et plaisant. 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

amitié / adolescence / vengeance / Angleterre /

Posté le 11/12/2019 à 14:55

La disparition d'Annie Thorne, C.J. Tudor / traduit de l'anglais. Pygmalion, 04/2019. 403 p. 21,90 €. *****

Joseph Thorne est embauché comme professeur d'anglais dans un lycée d'une petite ville perdue du Nottinghamshire. Grandement désargenté suite à de nombreuses dettes de jeu, il doit retrouver un travail, même si ce n'est pas là sa principale motivation. En effet, il a passé son enfance dans la région, qu'il a quittée suite à l'accident de voiture qui a coûté la vie à son père et à sa sœur. Sa petite sœur qu'il chérissait et qui avait disparu un soir avant de revenir 48 heures plus tard, complètement différente…

Thorne est l'anti héros par excellence : solitaire, mal léché, passablement alcoolique et dépressif. Après avoir reçu un email anonyme, il revient 20 ans après sur les lieux de son enfance pour y mener une enquête qui s'annonce compliquée, dans une région reculée où il est considéré comme un étranger. Il s'obstine, malgré les fantômes de son passé, malgré la menace de ses créanciers, et fait surgir des secrets enfouis dans la mine désaffectée qui jadis animait la ville. Il règne dans ce roman une ambiance crépusculaire où les morts ne le sont pas tout à fait et reviennent hanter ceux qui osent les déranger. A mi-chemin entre le fantastique et le thriller, ce roman se dévore avec grand plaisir.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Angleterre / revenants /

Posté le 21/08/2019 à 18:10

L'enfant aux cailloux, Sophie Loubière. Fleuve noir, 04/2011. 330 p. 17,50 € ***

         Elsa Préau, institutrice retraitée vit seule dans un pavillon de banlieue. Un peu désœuvrée, elle observe ses voisins, un jeune couple avec deux jeunes enfants, et un troisième qui détonne : maigre, sale, introverti, il n'apparait que le dimanche dans le jardin où il joue avec des brindilles et des cailloux sans se mêler aux jeux de ses frères et sœurs. Pensant à de la maltraitance, elle tente d'alerter les services sociaux, qui répondent en prétendant que l'enfant n'existe pas. Est-il le fruit de l'imagination de la vieille dame, qui verrait en lui son petit-fils qui a disparu ?

         C'est en tout cas l'hypothèse que soutient son fils, qui met sur le compte de l'arrêt de son traitement les bouffées délirantes de sa mère, laquelle prétend subir un harcèlement téléphonique de son voisin et a truffé sa maison de pièges à souris. Tout porte bien évidemment à croire que la vieille femme affabule, et Sophie Loubière entretient savamment le doute chez le lecteur. C'est la force de ce roman, construit autour du personnage d'Elsa qui malgré ses obsessions est pleine d'humour et d'intelligence. Dommage qu'on y trouve des fautes d'orthographe difficilement admissibles : la "fausse septique", "je me suis permise", "le décès de ta mère m'a attristé" (c'est une femme qui parle), ou encore "traduit" à la place de "traduisit" dans un récit écrit au passé. Et pourquoi cette insistance sur le café, dont elle précise s'il est pris avec ou sans sucre, ou touillé à l'aide d'une petite cuillère ? Ce sont des détails certes, mais j'avoue qu'ils m'ont un peu gâché le plaisir de la lecture, et poussée à ne mettre que trois étoiles à ce thriller psychologique par ailleurs plutôt bien ficelé.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

folie / famille / maltraitance

Posté le 21/08/2019 à 18:09

Territoires, Olivier Norek. Pocket, 06/2016 (Thriller). 374 p. ****

         Malceny, dans le neuf-trois. Trois caïds de la drogue sont exécutés, à quelques jours d'intervalle. Quelqu'un d'autre veut prendre sa place. La brigade du capitaine Coste est chargée de l'enquête, alors que les émeutes se multiplient dans une ville gouvernée par une maire ambitieuse qui ne craint pas de s'entourer de malfrats, tant que cela lui permet de briguer un troisième mandat.

         Olivier Norek est lieutenant de police dans le même département. Alors forcément, son récit n'est rien de moins que vraisemblable : les descentes de police dans des quartiers dits "sensibles" qui finissent par des caillassages en règle, l'escalade de la violence, la précarité sociale qui pousse des retraités à faire les "nourrices" ou des gamins de 12 ans à devenir de véritables tueurs, il n'ignore rien de cette réalité tristement mise en avant ponctuellement par les médias. La solution se fait souvent à coups de subventions de l'Etat que des élus peu scrupuleux détournent à des fins électoralistes : c'est aussi cet aspect, au-delà du travail de terrain de la police, que raconte Olivier Norek dans un roman noir qu'on lit d'une traite, effaré, alors que confortablement assis dans son fauteuil préféré on se dit qu'on a bien de la chance de n'avoir pas grandi dans la cité des Cosmonautes.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

drogue / pouvoir /

Posté le 09/08/2019 à 10:21

Derniers mètres jusqu'au cimetière, Antti Tuomainen / trad. du finnois. Fleuve, 02/2019. 313 p. 19,90 € ****

         Jaakko et son épouse Taina ont mené une entreprise qui vend des champignons des pins, qui prolifèrent dans cette région de Finlande, et qui plaisent tellement aux Japonais qu'ils ont été rebaptisés matsutake. L'affaire est florissante, mais Jaakko apprend qu'il est victime d'un empoisonnement et qu'il ne lui reste que quelques jours à vivre.  Alors qu'il s'apprête à partager cette terrible nouvelle avec sa femme, il la surprend en plein ébat avec un de leurs employés. Il va alors mener l'enquête pour découvrir qui cherche à le tuer.

         Comment réagit-on quand tout s'écroule ? Quand on se sent trahi par ses proches ? Jaakko écarte la tentation du renoncement pour se battre, malgré les symptômes qui l'affaiblissent. S'ensuit un récit assez rocambolesque où il traque tout à la fois sa femme, ses employés, et des clients japonais. C'est à la fois tragique et drôle, et bien construit.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Finlande / adultère / poison /

Posté le 09/08/2019 à 10:16

Il était une fois mon meurtre, Emily Koch / trad. de l'anglais. Calmann Levy, 05/2019 (Noir). 426 p. 21,90 € ***

Alex a fait une chute en escalade. Depuis, il est dans le coma, victime d'un locked-in syndrom. Il entend tout ce qui se passe autour de lui, notamment les conversations entre Bea, sa petite amie, sa sœur et son père. Il découvre alors que sa chute n'était pas accidentelle, et que Bea est à son tour menacée. Mais il ne peut évidemment rien faire, d'autant plus que l'équipe médicale le pense en état végétatif, et qu'on envisage de le débrancher.

Alex est complètement impuissant, mais son cerveau fonctionne très bien. Aussi fait-il de nombreuses hypothèses, et mène une enquête qu'il ne peut partager. Tout l'enjeu consiste à ce qu'autour de lui, les autres fassent les mêmes suppositions que lui. Ce qui va être le cas, même si c'est beaucoup trop lent pour lui, dont le scanner continue de montrer une absence complète d'activité cérébrale. Alex est un protagoniste entièrement passif, l'enquête se déroule malgré lui jusqu'à un dénouement qui m'a paru quelque peu tiré par les cheveux et peu crédible. 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

escalade / coma /

Posté le 09/08/2019 à 10:16

Octobre, Soren Sveistrup / trad. du danois. Albin Michel, 03/2019. 633 p. 22,90 € *****

         A Copenhague, on découvre le cadavre d'une femme amputée d'une main. Quelques jours plus tard, une autre victime est trouvée, les deux mains coupées. A chaque fois, à côté du corps se trouve un petit bonhomme fabriqué avec des marrons et des allumettes. Une signature de l'assassin d'autant plus importante qu'elle porte les empreintes de Rosa Hartung, la fille de la ministre des affaires sociales, qui a disparu un an plus tôt. Naia Thulin, secondée par un inspecteur en situation délicate, suit cette piste qui ne convainc pas sa hiérarchie, laquelle refuse de faire le lien entre les deux affaires.

         Ce drôle de tandem, incarné par une jeune femme qui peine à se plier à toutes les conventions et un policier en disgrâce aux abords antipathique va, à force d'obstination, triompher des multiples fausses pistes et pseudos révélations des deux affaires. Un bon thriller dans l'ambiance automnale de l'Europe du Nord.

Catégorie : Policiers / Thrillers

enlèvement / Danemark / vengeance

Posté le 09/08/2019 à 10:12

Cataractes, Sonja Delzongle. Denoël, 04/2019 (Sueurs froides). 391 p. 20,90 €. ****

         Jan Kostadinovic a perdu toute sa famille lors d'un glissement de terrain qui a englouti le village de Zavoï, dans les Balkans. Trente ans plus tard, il est devenu hydrogéologue et vit à Dubaï avec sa femme et sa fille. Il est resté traumatisé par la catastrophe et n'a jamais remis les pieds dans sa région d'origine, jusqu'au jour où son ami Vladimir Krstic, directeur de la centrale hydraulique construite sur l'emplacement de l'ancien village, l'appelle à l'aide : la centrale révèle des failles et l'ingénieur craint que le terrain instable ne la détruise. Jan doit donc se rendre sur les lieux pour explorer les sources en profondeur, accompagnée de Marija Pavlovic, une journaliste amie de Vladimir qui s'intéresse au phénomène. Mais leur exploration leur fait faire des rencontres inattendues et dangereuses, tandis qu'à la centrale, des meurtres se produisent…

         Un bon thriller, un vrai, dans lequel Sonja Delzongle manie le suspense avec un art consommé. D'origine slave elle-même, elle a donné à son roman une dimension historique, celle de l'héritage douloureux de la guerre fratricide de l'ex Yougoslavie à laquelle bon nombre des personnages ont pris part, Serbes ou Croates. Les blessures ne sont pas encore cicatrisées. A ces stigmates s'ajoutent les légendes locales, celle de la source de Babin Zub et de son gardien, et celle du village fantôme qui surgit des brumes du lac, les soirs de pleine lune. Le climat, dans le printemps tardif des Balkans, est angoissant à souhait, d'autant plus que l'auteur, comme dans son précédent opus Boréal, n'épargne rien à son protagoniste, qui doit tout à la fois lutter contre le traumatisme de son enfance, les croyances populaires dont il est malgré lui imprégné, des adversaires inattendus et redoutables, d'innombrables accidents, chutes et blessures sont il ressort quasiment indemne. Un bémol cependant pour les dernières pages, qui viennent clore de façon dramatique un récit qui n'en avait pas besoin.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Croatie / Serbie / barrage / guerre / folie / légendes /

Posté le 15/07/2019 à 16:59

Surface, Olivier Norek. Michel Lafon, 04/2019. 419 p. 19,95 €. ****

         Noémie Chastain, lieutenant de police, est très grièvement blessée au visage lors d'une intervention de police. Elle en garde des séquelles physiques – elle est défigurée – et psychologiques – elle est devenue incapable de tenir une arme. Ses supérieurs l'envoient à Décazeville, dans l'Aveyron, pour évaluer l'intérêt de maintenir une équipe de police dans une région sans histoire. D'abord meurtrie et en colère à cause de ce qu'elle prend pour une sanction, elle se résigne à passer quelques semaines fort monotones, jusqu'à ce qu'on découvre le corps d'un enfant dans un fût en plastique dans le lac artificiel qui a noyé tout un village, vingt-cinq ans plus tôt…

         Olivier Norek est policier, cela se sent dès les premières pages du roman. Tout y est raconté de façon plausible et vraisemblable. S'il n'évite pas certains clichés et que la psychologie des personnages est parfois un peu simpliste, le récit est bien construit et le suspense savamment dosé.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

campagne / secret / barrage /

Posté le 15/07/2019 à 16:58

Ce que savait la nuit, Arnaldur Indridasson. Métailié, 02/2019 (Noir). 285 p. 21 € **

Un groupe de touristes allemands découvre le cadavre d’un homme pris dans les glaces du Langjökull, en Islande. Il s’agit d’un homme porté disparu il y a trente ans. Konrad, policier en retraite, décide de consacrer son temps à ouvrir l’enquête. Il se rend au chevet du présumé coupable de l’époque, qui continue à nier, et meurt sans jamais avoir avoué. Konrad dispose de très peu d’éléments pour faire la lumière sur ce meurtre, et l’enquête s’avère très fastidieuse, jusqu'au jour où un accident de la route le met sur une nouvelle piste...,

Une enquête fastidieuse pour Konrad, mais aussi pour le lecteur. Ce qui fait d’ailleurs l’intérêt de ce roman au rythme lent et erratique, c’est bien moins les recherches de Konrad que le personnage lui-même, dont le père violent et roublard est mort assassiné, qui souffre d’insomnie et ne se remet pas du décès de sa femme.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

meurtre / vengeance /

 

Posté le 15/07/2019 à 16:51

Chacun sa vérité, Sara Lövestam / trad. du suédois. Pocket, 01/2018. 300 p. 6,95 € ***

         Kouplan est iranien. Sans papiers, il vit dans l'angoisse constante d'être repéré par la police et reconduit dans son pays. Pour gagner sa croûte il s'est improvisé détective privé. Pour sa première enquête il est chargé de retrouver une petite fille, Julia, dont Pernilla sa mère refuse de signaler la disparition à la police, craignant que les services sociaux ne la lui confisquent, au point qu'elle n'a jamais déclaré sa naissance. Kouplan mène une enquête qui n'en est pas une : il interroge les passants, les vendeurs du quartier où Julia était avec sa mère au moment de sa disparition, se rend au cyber café pour faire des recherches sur Internet. Il reconnaît ne pas trop savoir comment s'y prendre, et s'interroge davantage sur la personnalité de la mère, relevant dans ses propos des contradictions qui, petit à petit, sèment le doute dans son esprit : Julia existe-t-elle vraiment ?

Le roman s'achève sur un double dénouement : le premier est logique, sans surprise, mais a le mérite de clore l'enquête de Kouplan. Dans les toutes dernières pages s'ajoute un deuxième élément, parfaitement inutile sauf à considérer que le roman est le début d'une trilogie consacrée à ce drôle de détective à travers lequel on découvre la vie d'un sans papier à Stockholm.

 

Catégorie : Romans policiers / thrillers

Suède / disparition / psychologie / migrants

Posté le 18/04/2019 à 10:31

En attendant la neige, Catherine Desrousseaux. Calmann Lévy, 01/2019. 287 p. 17,90 € ****

Véra était au volant de sa voiture avec mère et sa sœur quand elle a eu un accident. Si sa sœur Mathilde n'a eu que quelques blessures superficielles, sa mère est morte et elle a passé plusieurs jours dans le coma et souffre de nombreuses séquelles psychologiques. Elle fuit Mathilde qui la surprotège et se réfugie dans les montagnes du Haut Jura, dans le chalet d'un ami, espérant grâce à la solitude se sevrer de ses médicaments et recouvrer la mémoire. Elle fait la connaissance de son voisin, un homme mystérieux et distant, et doit affronter l'hostilité des habitants du village.

         La neige n'arrive pas à la fin mais assez vite à l'arrivée de Véra dans le chalet. Ce ne sont d'abord que des papillons blancs, mais bientôt elle va tomber dru et avoir de lourdes conséquences sur la vie de la jeune femme : elle l'isole, la force à un huis clos avec son étrange voisin, l'empêche de quitter le chalet. Véra n'attend pas la neige mais qu'elle s'arrête de tomber. L'inquiétude monte, des signes macabres lui sont envoyés, et voilà qu'elle est attirée par son voisin, qui ne semble pas nourrir les mêmes sentiments qu'elle.

         Un bon thriller montagnard, plaisant à lire, si l'on excepte le problème, récurrent chez nombre d'auteurs contemporains et qui m'agace sérieusement, de l'emploi des temps du passé. Au risque de passer pour un parangon du conservatisme littéraire, je dis et je me répète : non, on ne met pas dans la même phrase le passé-simple et le passé-composé, qui ont la même valeur, mais pas le même niveau de langue, le premier appartenant au registre soutenu, le deuxième à la langue orale. On peut trouver le premier trop emprunté, obsolète et artificiel ; dans ce cas  on ne l'utilise pas, tout simplement.

 

Catégorie : Romans policiers / thrillers

Jura / hiver / famille /

Posté le 18/04/2019 à 10:30

Qui a tué l'homme-homard, J.M. Erre. Buchet-Chastel, 01/2019. 355 p. 19,00 € *****

A Margoujols, un petit village reculé de Lozère, on retrouve le cadavre affreusement mutilé de Joseph Zimm, surnommé l'homme-homard en raison de la difformité de ses mains. Il faisait partie d'un cirque de monstres, arrivé à la fin de la guerre, qui s'est établi là après la mort de son directeur. L'adjudant Pascalini est envoyé sur place pour découvrir le meurtrier, et trouve une aide inattendue en la personne de la narratrice Julie, qui malgré sa tétraplégie s'avère une enquêteuse hors pair et projette de faire de l'enquête un polar bien ficelé. Très vite, les soupçons tombent sur l'auteur d'un blog intitulé "Je vois la vie en monstre", tandis que les habitants nourris aux séries policières se mêlent du travail de Pascalini...

Jubilatoire. C'est l'adjectif qui résume le mieux ce livre aussi drôle sur le fonds que sur la forme. Sur le fonds, il y a les villageois hyperconnectés de ce village perdu, qui doivent leur 4G au handicap de Julie, équipée d'un fauteuil roulant électrique tout terrain et dernier cri, 6 poneys sous le capot, ce qui lui permet de dépasser les 10 kilomètres heure en obligeant son interlocuteur à courir à ses côtés. Précisons que Julie bave (beaucoup), et n'a pour seul moyen de communication que son ordinateur qu'elle manie avec la seule partie de son anatomie valide, à savoir son majeur. Ajoutons à cela une enquête rocambolesque, des freaks vieillissants qui ont fait des enfants dans le village, un adjudant complètement dépassé par les événements et un adjoint qui porte le nom ridicule de Babiloune, ce qui ne l'empêche pas de devenir l'ami de Julie. Sur la forme, J.M. Erre s'amuse, dénonce les poncifs et autres clichés littéraires à travers la plume de sa narratrice qui, en rédigeant son polar, s'interroge sur la façon dont elle pourra suivre les conventions du genre sans sombrer dans les lieux communs. Au point même de nous donner la recette du bon polar qui "compte pléthore d'amateurs exigeants répartis en chapelles aux attentes contradictoires et prêts à en découdre à la moindre alerte."

De quoi apprendre en s'amusant, et lors de ses prochaines lectures policières, trier le bon grain de l'ivraie.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Lozère / handicap / monstre /


Posté le 27/03/2019 à 10:01

L'Unité Alphabet, Jusse Adler Olsen / trad. du danois. Albin Michel, 09/2018. 628 p. 22 €

         L'avion de Bryan et James, deux pilotes de la RAF, est abattu au sud de l'Allemagne alors qu'ils tentaient de cartographier la région. Ils trouvent refuge dans un train qui convoie des blessés allemands, pour l'essentiel des officiers SS traumatisés, qu'on va installer dans un hôpital psychiatrique appelé L'Unité Alphabet. Les deux Anglais endossent l'identité de deux officiers, et vont passer là de longs mois au cours desquels ils sont soumis, comme d'autres, à de terribles expériences. Bryan réussit à s'enfuir en laissant son ami aux mains des tortionnaires. Trente ans plus tard, Bryan, devenu médecin consultant, se rend à Munich lors des JO de 1972, et se met en tête de découvrir ce qui a pu advenir de James.

         La première partie du roman, basée sur des faits réels, fait la part belle à la sauvagerie nazie qui n'hésite pas à soumettre ses plus hauts gradés à des traitements barbares, entre électrochocs et conditions de détention épouvantables. Pour autant, il y a, parmi les patients atteints de diverses pathologies mentales, aggravées par les expérimentations, d'autres simulateurs que nos deux Anglais. D'historique, le roman semble glisser vers l'espionnage, et revient au genre du thriller lorsque Bryan entreprend sa quête désespérée, qui va lui faire retrouver quelques-uns des patients de l'Unité Alphabet. Le mélange est habile, et si l'on pourrait reprocher au roman une première partie un peu longue, celle-ci prend tout son sens lorsque Bryan remue le passé. L'action se précipite ensuite, durant les quelques jours de l'enquête, et emporte le lecteur.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

guerre / nazisme / amitié /

Posté le 23/02/2019 à 16:12

La ville des morts, Sara Gran / Trad. de l'anglais. Le Masque, 01/2015. 326 p. 20 €

Claire Dewitt est détective privée. Son travail l'amène à La Nouvelle-Orléans, profondément meurtrie par l'ouragan Katrina, où elle est chargée de retrouver l'assassin du procureur Vic Willing.

Disciple de Constance Darling, assassinée quelques années plus tôt, et inspirée par Détection, l'ouvrage du privé français Jacques Silette, Claire Dewitt est un curieux personnage, profondément anticonformiste ; couverte de tatouages, solitaire, elle mène ses enquêtes en consommant force alcool et drogues diverses. Son intuition et une certaine désinvolture lui permettent de se sortir de toutes les situations ; pour le reste, des indices, rien que des indices, suivant l'un des conseils de Silette. C'est un personnage dont la quête personnelle est sans douteplus importante que l'enquête elle-même. Elle paraît presque invincible ; on se demande comment elle va parvenir au terme de son enquête, dont elle dit elle-même que c'est lorsque son employeur menace de mettre fin à son contrat qu'elle est proche du dénouement. Et pourtant, à force d'errements, de cuites et de pétards améliorés, elle parvient à ses fins.

A la fois roman policier, roman de mœurs, récit sociologique, ce récit nous fait découvrir la population de La Nouvelle Orléans, fortement marquée par l'ouragan, dont une partie vit dans des logements insalubres ; on y rencontre des personnages perdus, que la consommation de drogues et d'alcool ne parvient pas à distraire de leur misère financière, sociale, et culturelle. Mais c'est en se perdant qu'on devient un bon privé, se dit Claire Dewitt, dont les errements ressemblent parfois à ceux des Néo orléanais.  

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Etast-Unis /

Posté le 18/01/2019 à 14:23

Helena, Jérémy Fel. Rivages, 08/2018. 732 p. 23 € ****

         Kansas, un été caniculaire. Hayley, 16 ans, s'apprête à participer à un tournoi de golf, et tombe en panne en pleine campagne. Norma, une mère de famille préoccupée par la prochaine participation de sa fille de 8 ans à un concours de mini-miss, lui propose de l'héberger en attendant que le garagiste ait pu réparer la voiture. Hayley passe donc la nuit chez Norma, où elle fait la connaissance de Tommy, le benjamin de Norma, un adolescent renfermé et tourmenteur d'animaux. Son court séjour va rapidement tourner au cauchemar...

         Roman polyphonique où ces trois personnages, tous des monstres à leur façon, se trouvent réunis par ce qu'ils partagent, une furieuse envie de vivre. Tous trois cabossés par la vie, ils sont à la fois victime et bourreau - Norma fait preuve d'une cruauté extrême, Hayley d'une sauvagerie sans pareille, sans parler du jeune Tommy qui jouit sur des cadavres. La panne de voiture vire très vite au cauchemar et entraîne le lecteur dans une succession de rebondissements dont on se demande comment l'auteur va leur trouver un dénouement. C'est noir, violent physiquement et psychologiquement ; les seuls traits de lumière sont incarnés par Graham, le fils aîné de Norma, et par la petite fille, victime collatérale de la folie des trois personnages principaux.


 
Catégorie : Policiers / thrillers

Posté le 18/01/2019 à 14:12

Torrents, Christian Carayon. Fleuve Noir, 08/2018. 332 p. 19,90 € ****

         1984, Fontmile, une petite ville tranquille des Pyrénées. On découvre des morceaux de corps humain dans la rivière, soigneusement découpés. Les victimes sont assez vite identifiées : il s'agit de deux femmes portées disparues depuis plusieurs années, dont l'une, Emilie, était la petite amie de François Neyrat. Les soupçons se portent sur son père, chirurgien à la retraite, qui possède les compétences pour démembrer un cadavre. C'est sa fille aînée qui l'a dénoncé. François, qui refuse de croire son père coupable, et ne comprend pas le geste de sa sœur, entreprend des recherches qui lui font remonter le cours de l'histoire et reconstituer le passé de son père...

         A travers son enquête, François apprend à connaître un peu mieux son père, un personnage distant et taiseux, pour lequel il nourrit une affection qui n'ose s'exprimer. Et puis, il y a Marie, la sœur aînée, avec laquelle François et Valentine, sa sœur cadette, sont brouillés. Marie qui dénonce son père en l'accusant d'actes incestueux, Marie qui semble avoir une revanche à prendre. Pour injuste que François trouve ces accusations, il n'en est pas moins ébranlé : le doute instille en lui un véritable malaise, et c'est là sa motivation principale à découvrir la vérité. Il s'agit d'innocenter son père, certes, mais aussi de donner tort à Marie, celle par qui le scandale est arrivé. Le récit s'ouvre sur la convocation de François à la gendarmerie, appelé à témoigner alors que son père vient d'être arrêté, et enchaîne sur des souvenirs qui viennent éclairer son enquête ; s'ajoutent les propos de Camus, un ami de la famille et ancien policier, qui tâche d'aider François et Valentine tout en préservant le secret du père. La chronologie est un peu complexe, l'intrigue aussi, riche en fausses pistes, oscillant entre le présent et la période noire de l'Épuration, mais elle est portée par le fil conducteur des doutes de François, des non-dits familiaux et des mensonges, jusqu'à un dénouement haletant.

 

 
Catégorie : Policiers / thriller
famille / secret / guerre /

Posté le 18/01/2019 à 14:11

Le cri, Nicolas Beuglet. Pocket, 01/2018 (Thriller). 556 p. 8,30 €                          ***

Environs d'Oslo, hôpital psychiatrique de Gaustad. Le patient 488, surnommé ainsi à cause des chiffres qu'il porte gravés sur la chair de son front, s'est suicidé. Il a la bouche grande ouverte, figée sur un cri d'épouvante, dans la même attitude que l'homme du tableau de Munsch. L'inspectrice Sarah Geringën, en pleine séparation avec son conjoint, doute de la thèse du suicide, d'autant que le verdict du légiste est que l'homme est littéralement mort de peur. Commence alors une enquête qui la conduit en France où elle rencontre un journaliste, frère d'un scientifique impliqué dans des expériences médicales et mort accidentellement. Sarah et le journaliste découvrent l'implication de la CIA dans ces expériences et doivent mener à bien leur enquête alors que le fils adoptif du journaliste a été enlevé et qu'on menace de le torturer s'ils ne parviennent pas à découvrir la vérité...

Un thriller haletant qui combine tous les éléments du genre : une enquête pleine de rebondissements, des révélations successives, deux enquêteurs courageux mais non dénués de failles, une tension croissante avec la captivité du petit garçon qui risque de subir les pires sévices si les deux héros ne parviennent pas à découvrir la vérité sur ces expérimentations scientifiques inhumaines, et le début d'une intrigue amoureuse un peu attendue – Sarah, en mal d'enfant, ne peut qu'être attirée par ce journaliste plein de tendresse pour son neveu qu'il a adopté. C'est cousu de fil blanc, certes, mais le récit remplit son contrat et, cerise sur le gâteau, tout finit bien, sauf pour les méchants.


 

Catégorie : Policiers / thrillers

Suède / médecine /

Posté le 18/01/2019 à 14:05

Posté le 30/10/2018 à 16:38

Dans le silence enterré, Tove Asterdal / Trad. du suédois. Le Rouergue, 10/2015 (Noir). 408 p. 23 €

         Appelée au chevet de sa mère démente, Katrine Hedstrand, journaliste suédoise établie à Londres, découvre l'existence d'une maison familiale située tout près de la frontière finlandaise, à Kivikangas. La maison est en vente, un acheteur s'est manifesté qui en propose un prix démesuré. Katrine se rend sur place et s'installe dans la maison délabrée de sa grand-mère. Elle se lie avec les habitants, sous le choc depuis l'assassinat d'Erik Svandberg, le voisin, qui aurait pu lui parler de cette grand-mère qu'elle n'a pas connue.

         Le récit se passe dans les conditions qu'on imagine - milieu rural et fermé, froid extrême, neige – et fait revivre les années 30 et la montée du communisme dans cette région septentrionale pas loin de la Russie. Lucie découvre un pan de l'histoire familiale qu'elle ignorait, tandis que, en Russie, des mafieux règlent leurs comptes. Ca fait beaucoup, même si, évidemment, tout est lié. Le roman se lit avec plaisir, mais laisse une impression de confusion et d'inachevé.

 

 
Catégorie : Policiers / thrillers
Suède / histoire /

Posté le 12/09/2018 à 13:29

La piste noire, Asa Larsson / trad. Du suédois. Le Livre de Poche, 09/2015. 506 p. 7,90 €

         Une femme est retrouvée mort dans une "arche", une cabane montée sur des patins sur un lac gelé à proximité de Kiruna. Il s'agit d'Inna Wattrang, porte-parole de Mauris Kallis, riche entrepreneur à la tête d'une entreprise minière. Anna-Maria Bella et Sven-Erik Stalnacke découvrent sous la glace un imperméable portant une tache de sang, mais les indices sont maigres. Ils s'interrogent sur le rôle de la victime au sein de l'entreprise Kallis Mining, et finissent par faire appel aux compétences de Rebecka qui se documente sur Kallis et sa société...

Troisième tome des aventures de la procureure Rebecka Martinsson, moins réussi que les deux précédents. Au nord de la Suède, en mars, le printemps n'est pas encore là, le froid et la neige persistent, ce qui permet aux deux enquêteurs, lorsqu'ils retrouvent l'imperméable du tueur inadapté aux conditions climatiques, d'orienter leurs recherches vers une action venue de l'Europe tempérée. Mais la piste est une impasse, l'assassin a agi sous nom d'emprunt. L'enquête est en réalité menée par Rebecka, et se cantonne essentiellement à son expertise du fonctionnement de l'entreprise Kallis Mining. Ses investigations sont entrecoupées de flash-back qui mettent en scène l'entrepreneur, Inna et son frère Didi, faisant apparaître une relation trouble entre ces trois personnages, dont le trio est mené de toute évidence par Mauri, qui se révèle pervers et machiavélique. Le procédé semble un peu artificiel, puisque les enquêteurs ne peuvent avoir accès à ces informations ; le dénouement va s'accélérant et si le lecteur en maîtrise tenants et aboutissants, on se demande bien comment Anna-Maria et Sven-Erik vont bien pouvoir démêler l'écheveau.

Comme dans les précédents opus, on retrouve le goût de l'auteur pour les animaux : Sven-Erik, inconsolable depuis la perte de son chat, adopte un chaton, le chien de Sivving, le grand-oncle de Rebecka, est toujours aussi affectueux, mais leur présence est moins ostensible. Quant à notre héroïne, le roman pour une fois s'achève sans dommages pour elle, qui évite de se faire casser la figure et tombe amoureuse du directeur de son ancien cabinet d'avocats.


 

Catégorie : Policiers / thrillers

Suède /

Posté le 19/04/2018 à 12:54

Le sang versé, Asa Larsson / trad. du suédois. Le livre de Poche, 09/2015. 491 p. 7,60 €

         Deuxième tome des aventures de la procureure Rebecka Martinsson. Dans les environs de Kiruna, dans les régions de l'extrême nord de la Suède, une pasteure est assassinée, son corps retrouvé pendu par une chaîne à l'orgue de l'église. Rebecka, qui se remet tout juste de ses précédentes mésaventures au cours desquels elle a tué deux hommes, se rend sur place pour son cabinet d'avocats. C'est sa ville natale : elle y retrouve des souvenirs, et un peu de paix. Elle se lie avec certains des habitants du coin, et se retrouve malgré elle mêlée à l'enquête sur la mort de la pasteure, Mildred Nilsson, qui par son féminisme s'était attiré l'inimitié de certains parmi ses ouailles...

         Ambiance grand Nord, en été, les nuits qui n'en sont pas, les moustiques, et surtout la nature et les animaux, auxquels l'auteur voue une affection évidente. Il y a les quatre chiens de Lisa, qui la contraignent à laisser son lit pour dormir sur le canapé ; le chat de Sven-Erik qui a disparu, déclenchant chez son maître un chagrin irrépressible ; la louve solitaire que la fondation créée par Mildred protège du fusil des habitants. Hommes et bêtes composent avec la nature, qui ne fait jamais oublier, même au cœur de l'été, sa nature septentrionale ; Rebecka retrouve dans cette région ses souvenirs d'enfance et un lieu où se retrouver : à son arrivée, elle va passer la nuit dans la forêt, allongée entre les troncs, comme s'il lui fallait ce sas pour pouvoir retourner vivre auprès des hommes.

         Elle ne mène nulle enquête, ce sont les policiers qui s'en chargent. Cependant elle contribue malgré elle à découvre le meurtrier, au péril de sa vie. On peut se demander quel plaisir trouve Asa Larsson à malmener ainsi son héroïne, dont on se demande, à la fin du livre, comment elle s'en remettra. La suite au prochain épisode…


 
Catégorie : Policiers / thrillers
Suède /

Posté le 04/04/2018 à 14:18

L'essence du mal, Luca d'Andrea. Denoël, 12/2017 (Sueurs froides). 463 p. 21,90 €

         Jeremiah Salinger, documentariste américain, décide de s'installer dans le village de Siebendoch, dans le Sud Tyrol, d'où sa femme est originaire. Il tourne un reportage sur la brigade de secours en haute montagne avec son coéquipier cameraman. Victime d'une avalanche qui tue l'équipe de l'hélicoptère, il frôle la mort de près et croit sentir une force meurtrière issue de la montagne. Il décide de se reposer et de se consacrer à sa famille, mais découvre un épouvantable massacre survenu 30 ans plus tôt, dans la montagne du Bletterbach, lors d'une tempête d'une rare violence, durant laquelle trois jeunes gens ont trouvé une mort atroce. L'enquête bâclée a classé l'affaire. Sa curiosité est attisée : il se lance alors dans une enquête qui le conduit à interroger son beau-père, et les habitants du village, lesquels voient d'un très mauvais œil un étranger mettre le nez dans leurs affaires, refusent de parler et finissent par s'en prendre à lui…

         Si l'histoire se passe bien en haute montagne, avec sa cohorte de températures négatives et de neige, l'intrigue se cantonne au vase clos du village et de ses environs. Il en résulte une impression d'enfermement et d'angoisse, à l'image de ce que vit Salinger, qui se heurte à la réaction d'une communauté soudée tout autant par les conditions de vie rudes de la région que par le poids du secret. En filigrane, il y a l'omniprésence de cette force obscure que Salinger appelle la Bête, et qu'il a sentie lors de son accident, qui vient parfois hanter son esprit et lui murmurer à l'oreille. Cependant, certains villageois vont finir par parler : à force d'obstination, et au prix de menacer son couple, Salinger parvient à lever le voile sur ce secret, non sans hypothèses plausibles mises à mal par de nouvelles révélations.

         Le roman nous plonge également au cœur de cette communauté bilingue repliée sur elle-même, avec des traditions sauvegardées parfois terrifiantes, comme la Saint Nicolas qui fait intervenir les Krampus, sorte de diables incarnés par les jeunes hommes du village, qui ne se gênent pas pour effrayer la population venue en nombre assister aux réjouissances. Un polar qui allie tension narrative et portrait de moeurs.     

 

Policier lu dans le cadre du Prix littéraire Elle.

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

grands espaces / secret /

Posté le 23/03/2018 à 09:51

L'homme aux boutons de manchettes, Marie Bertrand. Editions Cockritures, 10/2017. 439 p. 15 €

Charles-Edouard Keller, commandant de police à Strasbourg, surnommé Smart en raison de son élégance, doit élucider avec sa brigade le meurtre d'une jeune prostituée roumaine découverte dans une tente, dans le parc de Pourtalès. Pendant que l'enquête suit son cours, il reçoit de la part de sa mère une paire de boutons de manchettes, qui s'avère être l'œuvre du maître verrier Lalique. Intrigué par ces accessoires, il se penche alors sur le passé de sa famille dont il ne sait pas grand-chose, et découvre l'existence de Maria, une arrière-arrière grande tante mystérieusement absente de l'arbre généalogique, comme on si on avait voulu effacer sa trace. Il découvre également que la mort accidentelle de son arrière-arrière grand-père est plus mystérieuse que la légende familiale veut bien le dire. En parallèle, en 1926 à la Petite France, un inconnu poursuit un homme qu'il projette d'assassiner, afin d'assouvir une vengeance…

Malgré l'abus de précisions géographiques dans les parcours urbains de Charles-Edouard, l'histoire tient en haleine. Smart démêle petit à petit l'écheveau en remontant la piste des deux paires de boutons de manchettes, la sienne et celle qu'un antiquaire niçois, passionné par la verrerie, a obtenu d'un riche Américain. Une quête sur des origines familiales et un secret de famille bien conservé. Smart est fort sympathique, avec ses costumes trois pièces et sa Jag, son obstination à trouver pour chaque mot important dix synonymes ; il a des airs d'Adamsberg dans son talent à être hors normes.

Un polar habilement mené, qui nous emmène dans les différents quartiers d'un Strasbourg contemporains et des années 30. Au gré de l'enquête de Smart, on découvre la ville sous différents aspects, géographiques et historiques, on plonge dans l'univers de la verrerie de Meisenthal, et on apprend que les Petit Lu symbolisent le temps. Un bon moment de lecture.

        

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Alsace /

Posté le 14/01/2018 à 18:26

Chacune de ses peurs, Peter Swanson. Trad. de l'anglais. Calmann-Lévy, 09/2017 (Noir). 375 p. 21,90 €

Kate, une jeune Londonienne étudiante en arts, à peine remise d'une violente agression, échange son appartement contre celui de Corbin, son cousin américain à Boston. L'endroit est superbe, le logement immense et luxueux, les six mois prochains s'annoncent bien. Mais une jeune femme, Audrey Marschall, a été assassinée dans un appartement voisin. Aux dires d'un autre locataire, Alan Cherney, elle entretenait une relation régulière avec Corbin, qui prétend à peine la connaître. Pourquoi cachait-il sa liaison ? Et que penser d'Alan Cherney, qui espionnait Audrey avec ses jumelles ?

Le meurtrier ainsi que son mobile sont révélés à la moitié du roman. Le suspense se cantonne donc à trouver sa réelle identité, et à savoir si Kate sera sa prochaine victime. C'est un peu mince… d'autant que la psychologie des personnages est réduite : Kate est définie par ses angoisses et son addiction aux anxiolytiques,  Alan est sans relief, et Corbin passe pour un idiot sous la coupe de son ami, pervers narcissique dont le portrait est vite dressé. Par ailleurs, le récit est truffé de poncifs culturels : au restaurant, on s'enfile des litres de coca ou de bière ; quand on lit un roman le soir sur son canapé, c'est forcément avec un verre de vin rouge…

On cherche vainement en quoi les mésaventures de Kate ont pu mettre à jour chacune de ses peurs : peur d'être surveillée, cauchemars, certes, mais le titre laissait attendre une montée en puissance de l'angoisse qui n'est pas du tout exploitée. Pour résumer, une lecture détente sans grand intérêt, si ce n'est d'être distrayante.

 

Roman lu dans le cadre du Prix des Lectrices de Elle

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Etats-Unis /

Posté le 10/01/2018 à 13:38

Tango fantôme, Tove Alsterdal. Le Rouergue, 10/2017 (Noir). 471 p. 23,50 €