L'ami imaginaire, Stephen Chbosky / Trad. de l'anglais. Calmann-Lévy, 08/2020 (Noir). 748 p. **

Christopher et sa mère Kate emménagent dans la petite ville de Mill Grove, en Pennsylvanie, espérant y trouver la paix. Mais Christopher disparaît pour revenir six jours plus tard, apparemment indemne. En apparence seulement : le garçon se met à parler avec une créature invisible, il se guérit de sa dyslexie, et se met en tête de construire une cabane dans la forêt toute proche. Il réussit à convaincre ses quatre copains de l'aider. La cabane enfin construite, Christopher découvre qu'elle est une porte vers le monde imaginaire...

Stephen Chbosky est présenté comme le disciple de Stephen King. Comme lui, il prend le temps de camper une atmosphère, et de montrer la belle relation qui unit Kate à son fils. Le récit tient encore la route quand Christopher découvre un étrange personnage qu'il surnomme le "gentil monsieur", qui lui ouvre les portes du monde imaginaire, qui n'a rien de féérique mais tout de l'enfer. Mais tout se gâte ensuite, avec l'arrivée de multiples personnages dont on ne comprend pas s'ils sont morts ou vivants, bienveillants ou maléfiques, des rebondissements sans queue ni tête qui donnent l'impression que l'auteur a rédigé son roman sans construction aucune, au fur et à mesure de l'inspiration. Il ajoute des épisodes dont on se demande quel est leur intérêt à part rallonger une sauce qui à la longue perd toute consistance jusqu'à devenir parfaitement insipide. Là où Stephen King maîtrise la construction en crescendo d'un récit et sait tenir son lecteur en haleine, Stephen Chbosky se noie dans une histoire malhabile et délirante, qui s'achève sur un happy end brutal et peu crédible.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Etats-Unis / enfant /


Posté le 13/11/2020 à 10:08

Cadres noirs, Pierre Lemaître. Le Livre de Poche, 03/2011 (Thriller). 442 p. 7,90 € ****

         Alain Delambre, 57 ans, est cadre au chômage depuis quatre ans. Il vivote d'un travail de manutentionnaire tout en continuant à répondre aux annonces. Enfin, un jour, sa candidature retient l'attention, et il franchit les premières étapes de la sélection. Jusqu'à ce qu'on lui propose de participer à un jeu de rôles mettant en scène une prise d'otages, au cours duquel on testera à la fois les réactions des cadres de l'entreprise destinés à être licenciés, et ses capacités de leader. Malgré le refus choqué de sa femme, il prépare avec acharnement l'épreuve, prêt à tout pour obtenir ce job. Mais une stagiaire remerciée par l'entreprise prend contact avec lui : cette dernière épreuve prend un tout autre aspect…

         Après une première partie très lente, au cours de laquelle on voit à quel point Alain Delambre est à bout et prêt à tout pour retrouver un métier compatible avec sa formation en management, quitte à extorquer de l'argent à sa fille pour rémunérer des enquêteurs chargés de déceler les points faibles des candidats sur la sellette du licenciement, le roman prend enfin son rythme. Nous voici plongés dans la prise d'otages fictive, racontée par l'ancien militaire chargée de l'organiser. Des balles à blanc, des faux morts, tout est fait pour créer chez les cinq cadres convoqués un climat de tension propice à révéler les caractères, dans une vision impitoyable de logique de rendement. C'est alors que Delambre pète les plombs : le scénario conçu par les dirigeants se retourne contre eux et devient plus vrai que nature. Les événements s'enchaînent dans une logique implacable jusqu'à un dénouement attendu… et au rebondissement suivant. Jusqu'où, quand on est aussi acculé que Delambre, est-on prêt à aller pour sauver sa peau et celle des siens ? Quitte à perdre son âme, l'estime de soi-même et devenir finalement aussi monstrueux que ceux dont on a voulu se venger, au sein du monde sans pitié de la grande entreprise.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

entreprise / chômage / dépression / vengeance /



Posté le 30/10/2020 à 17:41

Robe de marié, Pierre Lemaitre. Le Livre de Poche, 01/2020 (Thriller). 314 p. 7,70 € ****

Sophie a tout pour être heureuse : un travail qui lui plaît, un mari qui l'aime et une vie aisée. Mais elle commence à subir des troubles de mémoire, à perdre des objets, se tromper de rendez-vous... Sa vie devient un véritable enfer : deviendrait-elle folle, sombrant dans une dépression paranoïaque ? La mort de sa belle-mère, puis celle de son mari devenu infirme à la suite d'un accident de voiture précipitent les choses. Elle perd son emploi, devient nurse d'un petit garçon dont un matin elle découvre le cadavre. Elle a tué sans se souvenir de rien. Prise de panique elle s'enfuit, et se recrée une nouvelle identité pour échapper à la police. Mais elle ne va pas pouvoir se cacher éternellement.

Pauvre Sophie ! Est-elle folle ? Une dangereuse psychopathe qui tue tous ceux qu'elle n'aime pas, comme son horrible belle-mère ou le petit garçon dont elle avait la garde, ou qui ne supporte plus son mari tétraplégique au point de le précipiter avec son fauteuil dans l'escalier ? Sa folie meurtrière ne s'arrête pas là, car la tueuse en cavale se refait une vie avec un sang-froid impressionnant malgré sa dépression, quitte à devoir commettre d'autres meurtres. Jusqu'à ce qu'arrive dans l'histoire un certain Franz Berg, et que tout bascule. N'avançons pas plus avant dans le résumé d'un thriller psychologique implacable et terrifiant où victime et bourreau s'affrontent dans une lutte sans merci, animée par la soif de vengeance.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

harcèlement / folie / meurtre / vengeance /


Posté le 30/10/2020 à 17:39

L'Institut, Stephen King / trad. de l'anglais. Albin Michel, 02/2020. 598 p. 24,90 € *****

Lire un Stephen King, c'est l'assurance de plonger dans une histoire palpitante qu'on peine à lâcher. Ce dernier opus n'échappe pas à la règle : il commence doucement, au point qu'on se demande, à la fin de la première partie, où ce diable d'auteur veut en venir, avec cet ex-flic un peu paumé qui se retrouve, après un enchaînement de circonstances, veilleur de nuit dans une petite ville perdue de Caroline du Sud. Changement de programme dans la deuxième partie, où Luke Ellis, âgé de 12 ans et à haut potentiel, est enlevé pour être placé dans un institut qui recueille – retient prisonniers – des enfants dotés de pouvoirs de télékinésie ou de télépathie. Ces "TK" ou "TP" comme on les appelle subissent des injections et des tests plus ou moins barbares, ainsi qu'une mise en condition pour participer à une œuvre collective dont on découvrira plus tard les finalités. Luke va alors être l'instigateur d'une révolte au cours de laquelle on retrouvera notre flic veilleur de nuit. Les lenteurs du début, qui sont bien évidemment destinées à mettre en place des éléments indispensables pour la suite, vont céder la place à un emballement progressif du récit, qui tient parfaitement son lecteur en haleine. Les intrigues se croisent, entre la fuite de Luke, le destin des enfants de l'institut et les recherches entamées par son horrible directrice pour retrouver l'enfant, dans une montée en puissance du suspense qui n'est rien moins qu'addictive. Au point de mener le lecteur sur un dénouement absolument apocalyptique, qu'on pourra peut-être trouver quelque peu excessif. Mais ne boudons pas le plaisir d'un très bon thriller !

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Etats-Unis / enlèvement / enfants / manipulation / complot /


Posté le 12/10/2020 à 17:10

404, Sabri Louatah. Flammarion / Versilio, 01/2020. 356 p. 21 € ***

       La nouvelle élection présidentielle a vu une femme à la tête de la France. Mais une vidéo la montre subissant un viol lors d'un entretien avec un dirigeant étranger. Vérité ou truquage ? Les moyens techniques se sont si bien développés que désormais la preuve par l'image n'existe plus, et qu'on peut fabriquer des vidéos parfaites, qu'on a baptisées mirages. Allia, ancienne polytechnicienne, a créé une plateforme de diffusion d'images impossibles à truquer, ni même à enregistrer. 404 se développe dans le département de l'Allier et devient bientôt le seul garant de la vérité, dans un climat politique tendu entre Français de souche et immigrés de la troisième ou de la quatrième génération…

       Un thriller socio-politique qui mêle habilement l'histoire personnelle d'Ali, l'amoureux transi de la talentueuse Allia, et les grandes questions sur l'image et son pouvoir dans les milieux influents, qu'il s'agisse de la politique ou des réseaux sociaux, ainsi que les revendications nationalistes ou communautaristes. Une anticipation pas si lointaine mais assez effrayante.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

politique / vidéos / truquage / immigration /


Posté le 12/10/2020 à 17:08

La bête d'Alaska, Lincoln Child / trad. de l'anglais. J'ai Lu, 07/2017. 446 p. 8 € ****

      Une expédition scientifique s'est installée dans une ancienne base militaire au pied du Mont de la Peur, dans la réserve naturelle fédérale de l'Alaska pour étudier les effets du réchauffement climatique. Les scientifiques font une surprenante découverte : le cadavre d'un lion préhistorique figé dans les glaces. Les sponsors de l'expédition dépêchent une équipe de tournage pour filmer l'extraction de l'animal, malgré les mises en garde de la population inuit qui y voit la résurgence d'un esprit maléfique. La veille du tournage, l'animal disparaît…

       Foin du respect des traditions locales et de la crédibilité scientifique : le réalisateur du documentaire est prêt à tout pour faire son film, y compris à filmer des scènes d'horreur quand le premier cadavre est découvert, entièrement lacéré. Il faut toute l'opiniâtreté et l'intelligence des scientifiques pour parvenir à trouver un moyen de lutter contre le prédateur. Certes, le récit regorge de scènes d'horreur dignes des grands succès de série B, et la psychologie des personnages est assez rudimentaires, voire grossière pour ce qui concerne le réalisateur ou la présentatrice vedette qui porte des hauts talons par – 30°, mais il repose sur une solide documentation scientifique et son suspense est bien dosé : un thriller qui se lit avec plaisir.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

glacier / réchauffement climatique / légende / monstre /


Posté le 12/10/2020 à 17:02

La vague, Boyd Morrison / trad. de l'anglais. Bragelonne, 09/2017 (Thriller). 461 p. 7,90 € ****

      Un beau matin au large d'Hawaï, un 747 s'écrase, faisant 375 victimes. Au même moment, des agents du Centre d'alerte tsunami du Pacifique détecte l'arrivée possible d'un tsunami, qui ne semble cependant pas suffisamment dangereux pour justifier l'évacuation de la population. Mais Kai Tanaka, son directeur, redoute quelque chose de plus grave et décide de lancer l'alerte. Il a bien fait : la chute d'un météorite va déclencher une onde de choc gigantesque, et la vague qui s'écrasera sur les côtes hawaïennes risque d'atteindre les 70 mètres. Rien n'y résistera. Kai doit assurer ses fonctions alors que sa fille est à la plage à Waïkiki avec une amie, et que sa femme dirige un hôtel tout proche du front de mer…

     Il faut tout l'instinct de Kai pour décider de lancer une alerte dont les conséquences économiques seront désastreuses, surtout que le tsunami ne semble de prime abord guère menaçant. Nous suivons avec lui les informations qui arrivent au compte-goutte, confirmant l'hypothèse d'une catastrophe d'une ampleur grandissante, tandis qu'en bord de plage, toute la population ne se rend pas immédiatement compte du danger et que certains rechignent à évacuer. La tension monte au fur et à mesure que la première vague se rapproche, bientôt suivie par d'autres vagues, de plus en plus hautes, tandis que nombre de gens se noient et que les immeubles s'effondrent, dans un compte à rebours terrifiant qui rend la lecture addictive. Boyd Morrison ne craint pas de faire vivre à Kai et aux siens des aventures éprouvantes – ils manquent à maintes reprises de se noyer, d'être écrasés, étouffés -, quitte à faire mourir certains personnages. C'est cela, en plus d'une solide documentation et de nombreux détails techniques, qui rend le récit plausible. Le roman se lit comme on regarderait un film catastrophe, avec un sentiment d'effroi et de fascination mêlé. Le tout est fort plaisant, malgré de petites maladresses de traduction.   

 

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Etats-Unis / catastrophe / tsunami / mort / famille /


Posté le 12/10/2020 à 16:52

Tuer le fils, Benoît Séverac. La Manufacture de livres, 02/2020. 281 p. 18,90 € ****

         Pour avoir commis un meurtre, Matthieu Fabas a écopé de quinze ans de prison. Elevé par un père machiste et violent, il a tué pour que son père dise de lui qu'il était un homme. Au lendemain de sa libération, son père est assassiné. Il semble être le coupable tout désigné, mais le commandant Cérisol chargé de l'enquête n'est pas convaincu. Il se plonge dans les écrits que Mathieu Fabas a rédigés pendant sa détention, sous l'égide d'un écrivain qui animait des ateliers d'écriture pour les détenus. Il y est question de la relation complexe entre le père et le fils…

         Au-delà de l'enquête policière, ce roman a deux atouts : il creuse et fouille la relation entre Mathieu et son père, et interroge la question de la filiation. Comment peut-on devenir un homme quand on a grandi en s'entendant insulter et mépriser chaque jour, et qu'on a perdu toute estime de soi ? Comment s'affranchit-on de la nécessité de faire ses preuves ? Par ailleurs, ce récit campe des personnages bien trempés et très caractérisés, notamment l'équipe d'enquêteurs de la SRPJ : Cérisol se régale de pots de confiture dégustés à la cuillère, Nicodemo qui en a plein les bottes de sa famille portugaise, et Grospierre titulaire d'un doctorat en anthropologie et ex-champion interrégional de taekwondo : "Il était aujourd'hui un atout pour le service dont il avait fait chuter la moyenne d'âge, en même temps qu'il en avait augmenté les performances physiques…". Une excellente et désopilante galerie de portraits qui donne de l'épaisseur à une intrigue bien menée.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

famille / prison / manipulation mentale /


Posté le 16/09/2020 à 17:31

.La vie secrète des écrivains, Guillaume Musso. Calmann-Lévy, 04/2019. 344 p. 21,90 € ***

Qu'est-il arrivé à Nathan Fawles, le célèbre écrivain, pour se décider à arrêter d'écrire et s'isoler sur une île sauvage de la Méditerranée ? Trente ans plus tard, Raphaël Bataille, apprenti écricain passionné par Fawles, se rend sur l'île et se fait embaucher par un vieux libraire. Il parvient à entrer en contact avec son idole et se fait rabrouer, ce qui n'est pas le cas de Mathilde Monney, jeune journaliste ambitieuse, qui parvient à se rapprocher de l'écrivain au prétexte de lui rapporter son chien perdu. C'est alors qu'on découvre le cadavre d'une femme sur la plage : les autorités isolent l'île…

         Musso n'a peur de rien. Ni des rebondissements en cascade – le résumé précédent en témoigne – ni des points de vue multiples – Raphaël, Nathan, Mathilde, la presse, etc - ni des clins d'œil à des grands noms de la littérature, dont il revendique la filiation. Le résultat, un polar assez bien ficelé, si on met de côté les invraisemblances sur la psychologie des personnages – un écrivain reclus qui tombe amoureux d'une jeune femme décidée, laquelle a bien des projets en tête qui n'ont rien d'innocents. On appréciera, ou non, le rythme du récit, et son style efficace et sans grande imagination. L'intérêt de ce récit, outre sa dimension thriller qui a fait la célébrité de son auteur, c'est le questionnement sur l'inspiration, le travail de l'écrivain, que l'on retrouve dans les propos de Fawles et dans un dénouement assez surprenant.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

île / écrivain / vengeance /

Posté le 16/09/2020 à 17:20

Siège 7A, Sebastian Fitzek / trad. de l'allemand. L'Archipel, 03/2020. 367 p. 22 € ***

         Nele s'apprête à accoucher par césarienne, à cause de sa séropositivité. Son père Mats, avec lequel elle est brouillée, prend l'avion de Buenos Aires pour la retrouver, malgré sa phobie des transports aériens. Mais Nele est enlevée, et ne sera libérée que si Mats, qui est psychiatre, accepte de collaborer avec des terroristes et de transformer l'une des hôtesses de l'air, une de ses anciennes patientes, en véritable bombe humaine…

         Un vrai thriller truffé de rebondissements et de fausses pistes, dans lequel chaque chapitre s'achève sur un cliff hanger insoutenable. A la longue, c'est un peu fatigant : il y a la situation de Nele, enfermée dans une ancienne salle de traite, séquestrée par un jeune homme qui ne supporte pas la souffrance faite aux vaches auxquelles on enlève leur petit pour récupérer leur lait ; le huis clos dans l'avion, au cours duquel le psy se voit contraint de bafouer le serment d'Hippocrate tout en luttant contre son aviophobie et en craignant pour la vie de sa fille ; le traumatisme subi par la patiente de Mats quelques années plus tôt ; l'enquête que mène sa consoeur et ancienne amante à Berlin pour retrouver Nele ; la séropositivité ; enfin l'objet de la brouille entre père et fille. N'en jetez plus ! A vouloir entretenir le suspens, l'auteur nous livre un roman excessif dont la complexité se résout comme par magie, dans un dénouement façon Hercule Poirot qui défait tous les nœuds de l'intrigue. Un moment de lecture pas désagréable, mais dont on sort un peu gavé.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Allemagne / famille / accouchement / avion /


Posté le 06/08/2020 à 17:58

Le braconnier du lac perdu, Peter May / trad. de l'anglais. In La Trilogie écossaise, Le Rouergue (Noir), 10/2014. 1008 p. 26,90 € *****

         Troisième et dernier volet des aventures de Fin Mcleod, revenu sur son île natale de Lewis, dans les Hébrides à l'extrême nord-ouest de l'Ecosse, après 17 ans d'absence. Dans cette troisième partie, Fin, qui vit avec Marsaili, son amour d'enfance dont il a eu un fils, se fait embaucher comme chef de la sécurité chez un grand propriétaire et se voit obligé de surveiller les gestes de son ami d'enfance surnommé Whistler, qui se livre au braconnage. Abrités au bord d'un lac pour échapper à une tempête, les deux amis découvrent au matin le lac entièrement vidé suite à une coulée de la tourbière et, au fond, un petit avion qui contient le corps de leur ami Roddy McKenzie, disparu 17 ans plus tôt. Il ne semble pas avoir été victime d'un accident mais bel et bien assassiné…

         J'avais lu les deux tomes précédents chez Babel, mais me suis offert La Trilogie écossaise. Cette œuvre en trois parties fait la part belle à la nature sauvage de ces régions septentrionales au climat parfois féroce, le vent qui fouette le visage, la mer implacable, les cieux noirs et menaçants, la pluie horizontale et la fumée des feux de tourbe. Une vie rude avec laquelle on compose. Comme à chaque fois, les enquêtes de Fin, si elles conduisent à la découverte du meurtrier et de son mobile, sont surtout un moyen de mener une quête personnelle – pour le plus grand plaisir des lecteurs.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Ecosse / meurtre / musique / jalousie / deuil /


Posté le 27/07/2020 à 16:41

Les disparus du phare, Peter May / trad. de l'anglais. Actes Sud, 01/2019 (Babel Noir). 422 p. 9,80 € *****

         Retour aux îles des Hébrides dans cet autre polar de Peter May. Cette fois, il met en scène un homme qui reprend connaissance sur la plage de l'île de Lewis, complètement amnésique. Grâce à l'intervention d'une voisine, il retrouve sa maison, un couple d'amis, son nom – qui ne lui dit évidemment rien –, son chien et un projet de roman inabouti. Rien de plus. Il décide de partir à la recherche de lui-même, en se basant sur les maigres indices qu'il a pu trouver chez lui : une carte et un ouvrage sur les îles Flannan où trois gardiens de phare ont mystérieusement disparu.

         Que recèlent ces îles ? Pourquoi Lean Mclean élève-t-il des abeilles et possède-t-il un véritable laboratoire d'études dans cette maison de location ? Que s'est-il passé de dramatique pour qu'il perde ainsi la mémoire ? De fausses pistes en rebondissements, Pater May nous entraîne dans les pas d'une quête personnelle, tout en faisant comme dans tous ses romans écossais la part belle à la nature sauvage, au vent, aux pluies, aux couleurs changeantes des lochs ; au-delà de l'intrigue policière, il fait la preuve une fois encore de son talent à nous faire voir l'âpre beauté de ce coin de l'extrême nord-ouest de l'Ecosse. S'y ajoute la thématique de l'environnement à travers le sort des abeilles, victimes des lobbies de l'industrie agro alimentaire.

 

Catégorie: Romans policiers / Thrillers

Ecosse / amnésie / écologie / abeilles /


Posté le 21/07/2020 à 10:08

L'énigme de la chambre 622, Joël Dicker. De Fallois, 03/2020. 569 p. 23 € *****

         Joël Dicker a décidé de s'atteler à son nouveau roman. Pour l'écrire, et se guérir d'une récente rupture amoureuse, il décide de s'installer au Palace de Verbier. Il y fait la connaissance d'une charmante jeune femme qui s'improvise assistante et l'aide à réunir de la documentation sur un mystérieux fait divers qui a eu lieu quelques années plus tôt dans cet hôtel : un homme a été retrouvé mort dans la chambre 622, sans qu'on n'ait jamais pu identifier son meurtrier.

         Voilà une intrigue à tiroirs, qui fait le va-et-vient entre l'époque de la rédaction du roman, les jours précédant le meurtre, et la mise en place des différents acteurs du drame une quinzaine d'années plus tôt. La complexité du récit qui se passe dans le milieu feutré des banques suisses est heureusement facilitée par les mentions de date, sans lequel le lecteur, qui doit jongler avec les points de vue et les époques, serait définitivement perdu. L'auteur joue avec ces sauts dans le temps, avec le nombre de personnages, et s'amuse à se mettre en scène, dans une mise en abime qui voit son apothéose dans les dernières pages. On trouvera dans cet ample roman où tout s'emboîte un hommage à Bernard de Fallois décédé au début de l'année 2018, et un clin d'œil à Belle du Seigneur dans le dénouement. C'est rudement bien fait, très intelligemment construit.

         Ce roman suscite des avis plus que partagés : soit on aime, soit on déteste, au vu des commentaires découverts sur Babelio après avoir posté mon propre avis. On déplore les personnages féminins dépeints de façon extrêmement avilissante, on déplore une intrigue complexe aux rebondissements peu crédibles ; on déplore la longueur de l'opus et les digressions inutiles. Pour ma part, je persiste et signe, c'est une très bonne lecture, et je suis admirative du talent de Joël Dicker d'avoir construit une telle intrigue.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Suisse / meurtre / enquête / écriture / roman / amour / banque /


Posté le 18/07/2020 à 18:08

Les fleurs de l'ombre, Tatiana de Rosnay. Robert Laffont / Héloïse d'Ormesson, 03/2020. 330 p. 21,50 € ***

         Clarissa Katsef, écrivain, vient de rompre avec son mari après lui avoir découvert une liaison. En quête d'un appartement, elle est retenue pour emménager dans une somptueuse résidence où tout est fait pour préserver le calme propice à la création artistique. Elle ne se sent cependant pas à l'aise dans cet atelier du 8ème étage où tout est conçu pour lui apporter un maximum de confort, à commencer par son assistant domestique, qu'elle a baptisée Mrs Dalloway, en hommage à Virginai Woolf. Elle a le sentiment d'être épiée en permanence, et commence à soupçonner de la malveillance de la part de CASA, la société en charge de la résidence. Ne deviendrait-elle pas paranoïaque ?

         Clarissa s'est spécialisée dans l'empreinte que les humains laissent dans les lieux où ils sont vécu. Dans cet appartement flambant neuf, nulle trace ne devrait subsister, mais l'endroit n'a rien de neutre. A commencer par cet assistant de domotique ultra perfectionné, dont le paramétrage s'est fait via un questionnaire plus qu'indiscret. Projetant d'écrire son nouveau roman en travaillant sur son biliguisme, l'écrivaine s'enferme dans les toilettes pour travailler, puisque c'est le seul endroit où il n'y a pas de caméra. Elle ne va finalement pas beaucoup avancer, et mener une enquête pour découvrir ce qui se cache derrière le mécénat supposé de CASA, aidée par un charmant voisin qui nourrit les mêmes doutes qu'elle. Ce thriller psychologique est bien amené, et mêle les tentatives de Clarissa pour découvrir la vérité et une quête personnelle ; il évoque également le contexte du réchauffement climatique qui a vu la disparition de la végétation remplacée par des plantes artificielles, la disparition de la Tour Eiffel après des attentats, et le développement de l'intelligence artificielle ; il rend hommage aux deux grandes figures de la littérature que sont Romain Gary et Virginia Woolf. Mais peut-être pèche-t-il par excès : le voisin disparaît sans qu'on ne sache jamais ce qu'il est devenu, et le dénouement laisse un goût d'inachevé.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

écrivain / lieu de vie / expérience /


Posté le 15/07/2020 à 10:56

Joueuse, Benoît Philippon. Equinox / Les Arènes, 03/2020. 357 p. 18 € ****

         Zack est joueur de poker professionnel, tout comme son meilleur ami Baloo, qui déteste les auteurs de violences faites aux femmes. Tous deux se font de l'argent et projettent de régler son compte à un proxénète à la tête d'un énorme réseau de prostitution. Mais le projet va devoir attendre, Zack se voit proposer par Maxine, également joueuse hors pair, une alliance visant à faire tomber un homme politique célèbre. Dans quel guêpier Zack s'est-il fourré, tombé sous le charme vénéneux de la jeune femme ?

         Des parties de poker arrosées et enfumées dans des chambres froides, des tricheurs impénitents, du bluff, de l'intimidation et de la violence, l'ambiance est au rendez-vous. Certes, la psychologie de ses personnages est assez simple, le style sans fioritures particulières, et on n'évite pas les poncifs des tables de jeu, mais peu importe. Ce roman plein de rebondissements est jubilatoire : si Zack se prend des coups, et non des moindres, c'est pour mieux tacler son adversaire, tandis que Maxine met à mal – au jeu et en vrai – les machos les plus endurcis, et on a plaisir à suivre leurs mésaventures au cours desquelles les méchants finissent par être punis.

 

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jeu / vengeance / pari /


Posté le 15/07/2020 à 10:55

Le douzième chapitre, Jérôme Loubry. Calmann-Lévy, 03/2020 (Noir). 356 p. ****

David et Samuel se connaissent depuis l'enfance, depuis qu'ils passent leurs vacances d'été dans une station balnéaire qui accueillent chaque année les familles des ouvriers de l'usine. Ils y ont fait il y a trente ans la rencontre de Julie, et formé avec elle un trio inséparable. Jusqu'au jour où Julie a disparu. Devenus adultes, écrivain renommé pour l'un, éditeur pour le deuxième, les deux hommes ont enveloppé n'ont jamais plus évoqué ce drame. Jusqu'au jour où chacun reçoit un manuscrit qui relate les événements de cet été 1986, qui les met en scène et remue leurs souvenirs...

Qu'est-il arrivé à Julie ? Le manuscrit ne le dit pas, auquel il manque un douzième chapitre. Le mystère s'épaissit d'autant plus qu'une troisième version a été envoyée à quelqu'un d'autre. A qui ? Dévoile-t-elle le dénouement ? Il appartient aux deux hommes de retrouver le contenu de ce douzième chapitre, une tâche qui se complexifie d'autant plus qu'apparaissent de nouveaux personnages qui prennent tour à tour place sur l'échiquier : l'animateur de la salle de jeux vidéos, le second couteau employé par le patron de l'usine, une gouvernante trop gentille pour être honnête, une deuxième petite fille… On pourrait s'y perdre, mais l'auteur mène parfaitement son intrigue, et campe des atmosphères propices au suspense, entre glauque et revendications sociales.  

 

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vacances / disparition / passé / secret /


Posté le 06/07/2020 à 18:27

Cinq cartes brûlées, Sophie Loubière. Fleuve Noir, 01/2020. 342 p. 19,90 €. ****

Une petite fille aimée par son papa qui joue avec elle à la petite bête qui monte, tourmentée par un grand frère cruel qui ne cesse de l'humilier, et négligée par une mère dépressive. Laurence Graissac grandit et mange, se gave, se remplit pour oublier le départ de ce père qu'elle affectionnait. Son surpoids augmente les moqueries de son frère, jusqu'au jour où elle découvre la boxe. Devenue championne olympique, elle pourrait tenir là sa revanche, mais Laurence chute encore, et redevient obèse. Un cercle infernal dont seule une nouvelle donne pourrait la faire sortir...

         Bonne ou mauvaise pioche, chaque étape de la vie de Laurence est introduite par une carte : le sept de cœur symbolise l'indécision, la dame de trèfle la venue d'une personne nuisible, le dix de pique une période d'obscurité, l'as de trèfle le dépassement de soi, le quatre de cœur une déception ou une trahison… On sait dès le début qui est la dame de trèfle, et ce roman pourrait être celui d'une petite sœur qui n'a cessé, malgré tous les tourments qu'il lui a fait subir, d'aimer son grand frère. Mais Sophie Loubière a d'autres atouts dans son jeu, et y ajoute d'autres cartes qui font évoluer la partie, jusqu'à un dernier pli surprenant et remarquablement amené.

 

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famille / maltraitance / femme / folie /


Posté le 06/07/2020 à 18:26

Chez nous, Louise Candlish / trad. de l'anglais. Sonatine, 03/2020. 470 p. 22 € ***

Après que Fiona a découvert son mari Bram en pleine activité extraconjugale dans la cabane du jardin, le couple se sépare. Mais les Lawson parviennent à s'entendre et à partager leur balle maison de Trinity Avenue, au sud de Londres, afin que les enfants ne souffrent pas de la rupture. Tout se passe bien jusqu'au jour où, rentrant chez elle, Fi découvre que tous ses meubles ont disparu et qu'un nouveau couple est en train de s'y installer, prétendant avoir acheté la maison en toute légalité. Bram est injoignable et semble avoir disparu de la circulation. De quelle mauvaise farce Fi est-elle la victime ?

Fi décide de témoigner sur le site La Victime, un podcast consacré aux affaires criminelles, tandis que Bram a quitté l'Angleterre et loge dans une chambre d'hôtel. Victime et coupable donnent chacun sa version de l'histoire, étape par étape. La première est présentée, et reste une personne abusée, qui subit la logique implacable d'une machination ourdie contre elle. Le second a tout manigancé, mais les éléments qu'il distille dans sa confession le dédouanent en partie et font comprendre très vite au lecteur qu'il n'est pas le monstre que l'on imaginait. Ce récit à deux voix se lit agréablement mais il ne recèle pas le suspense attendu dans un thriller psychologique ; l'intrigue paraît parfois un peu grossière, et ce n'est pas le rebondissement final révélé par Fi qui y change grand-chose.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Angleterre / couple / divorce / chantage / accident /


Posté le 06/07/2020 à 18:25

L'homme de Lewis, Peter May / trad. de l'anglais. Babel noir, 01/2013. 380 p. 8,50 € *****

Deuxième tome de la "Trilogie écossaise". Fin Lacleod a quitté la police et décidé de revenir vivre sur son île natale de Lewis, où il entreprend de rénover la maison de ses parents. Mais on découvre le cadavre d'un jeune homme dans la tourbière, mort une cinquantaine d'années plus tôt. Très vite, on le relie à Tormod MacDonald, le père de Marsaili, l'amour de jeunesse de Fin. Atteint d'Alzheimer, Tormod risque d'être soupçonné de meurtre. Fin va mener une enquête officieuse auprès de Gunn, le policier chargé des recherches.

         On retrouve dans ce deuxième tome tout ce qui a fait le charme et la spécificité de L'île des chasseurs d'oiseaux : la beauté sauvage des paysages, la vie rude des habitants, une enquête qui sert de support à l'exploration du passé du protagoniste, des personnages fragiles et touchants. A travers les souvenirs du vieux Tormod, on découvre le drame des enfants orphelins confiés, dans les années 50, à des familles qui les exploitaient, et on comprend un peu mieux comment fonctionne l'esprit d'un malade d'Alzheimer. Une valeur sûre, amoureux de l'Ecosse ou pas.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Ecosse / orphelins / Alzheimer /


Posté le 13/05/2020 à 09:41

L'île des chasseurs d'oiseaux, Peter May / trad. de l'anglais. Babel noir, 11/2011. 423 p. 9,70 € *****

Premier tome de la "Trilogie écossaise". Fin Macleod, inspecteur à Edimbourg, vient de perdre son fils dans un accident de voiture. Il se rend sur son île natale de Lewis, dans l'archipel des Hébrides extérieures, au nord-ouest de l'Ecosse, afin d'enquêter sur la mort d'un habitant pendu et éviscéré. Il s'agit d'un ancien camarade de classe, une brute épaisse dont Fin avait été le souffre-douleur. A travers son enquête, Fin retrouve d'anciennes connaissances, un amour d'enfance, des traditions d'un autre âge, notamment la chasse annuelle aux gugas, les oiseaux nicheurs de l'île inhospitalière d'An Sgeir, et replonge dans un passé qu'il avait fui. Car l'important se situe davantage dans cette quête de son passé que dans l'enquête menée par Fin : à travers ses pérégrinations, ses interrogatoires, c'est toute sa propre histoire qu'il interroge. Un moyen sans doute, pour ce père en deuil, de se redécouvrir et de faire la paix avec ses fantômes. Cette recherche de soi se passe dans un paysage somptueux, battu par des vents incessants qu'endurent avec constance moutons et habitants, aux rochers fracassés par les vagues, aux cieux changeants, imprévisibles et violents. Peter May transporte son lecteur dans un univers fascinant de sauvagerie et de beauté, et nous le donne à voir avec talent.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Ecosse / tradition / gaélique /


Posté le 13/05/2020 à 09:40

Playground, Lars Kepler / trad. du suédois. Babel noir, 01/2019. 407 p. *****

         Après avoir subi un arrêt cardiaque suite à un accident au cours d'une mission militaire, Jasmine Pascal-Anderson est atteinte de stress post traumatique. Elle est persuadée d'avoir découvert un autre monde où transitent les morts. Un monde où règne une mafia toute puissante et dans lequel il faut lutter pour ne pas mourir une deuxième fois. Cinq ans plus tard, elle est victime avec son fils d'un grave accident. Le petit doit subir une lourde intervention qui nécessite d'arrêter son cœur. Comment va-t-il trouver son chemin dans ce monde des ténèbres et revenir à la vie ? Jasmine décide de se plonger dans un coma artificiel pour l'aider.

         Lars Kepler ne s'attarde pas sur le thème de la vie après la mort ou des EMI. Ce qui l'intéresse, c'est de mettre en scène un monde étrange, crépusculaire, d'inspiration fortement asiatique, où les gens pas tout à fait morts sont pesés et se voient délivrer une plaque, passeport pour l'au-delà ou pour un retour à la vie. Dans cette ville tentaculaire et surpeuplée, il n'y a ni jour ni nuit, le temps y passe bien plus vite que dans la vie, les gens survivent comme ils peuvent, mangent mais ne dorment jamais, et surtout essaient d'échapper à la triade qui récupère les plaques des plus jeunes afin de permettre à quelques privilégiés de revenir à la vie dans un corps tout neuf. Le soldat Pascal-Anderson va devoir faire appel à ses reflexes, se battre et tuer, dans une véritable épopée avec de multiples rebondissements et un rythme haletant, et découvrir que même dans l'antichambre de la mort, l'homme reste ce qu'il est, capable d'humanité ou de la pire perversité.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

mort / au-delà / famille /


Posté le 13/05/2020 à 09:27

N'éteins pas la lumière, Bernard Minier. Pocket, 02/2015. 700 p. ***

         Christine Steinmeyer, célèbre animatrice de radio trouve une étrange lettre dans laquelle une jeune femme annonce son suicide. C'est le soir de Noël, il lui est impossible de trouver son auteur. Le lendemain, un auditeur lui reproche en direct de ne pas être intervenue. Très vite, elle se sent menacée, on s'introduit dans son appartement, on pirate sa boîte mail. Personne ne la croit, ni la police, ni son employeur qui suspend son activité, ni son compagnon. La voilà complètement seule. Pendant ce temps, Martin Servaz se remet doucement de sa dépression dans un centre de repos. Le suicide d'une jeune artiste lui paraît louche, il se met à enquêter "en off".

         Evidemment, Martin Steinmeyer va rencontrer Christine Steimeyer, au terme d'une enquête semée de fausses pistes. Certains détails m'ont chiffonnée : il m'a paru peu probable qu'une femme dotée de l'aura de Christine Steinmyer, animatrice vedette de Radio 4, LA radio de la région toulousaine, ait si peu d'amis et se retrouve seule une fois que son compagnon et son employeur lui ont tourné le dos ; la forte tête de Mila Bolsanski, astronaute hyper douée, devient brusquement bien fragile ; enfin Servaz a des intuitions rien moins que surnaturelles. Néanmoins le roman se lit avec plaisir et une certaine impatience.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Toulouse / espace / folie / vengeance /


Posté le 13/05/2020 à 09:25

Les filles oubliées, Sara Blaedel / trad. de l'anglais. Terra Nova, 11/2015. 317 p. ****

         On retrouve le corps d'une femme dans une forêt danoise, au visage défiguré par une grosse cicatrice de brûlure. C'est une ancienne pensionnaire d'un hôpital pour enfants handicapés. Louise Rick, chargée de l'enquête, découvre alors que d'après l'état civil cette femme est morte depuis trente ans, ainsi que sa sœur jumelle.

       Les pensionnaires de l'hôpital psychiatriques étaient surnommés les enfants oubliés. Parce que la plupart du temps leurs familles cessaient très vite de leur rendre visite, soulagées de ne plus avoir à s'en occuper. Ces enfants étaient certes nourris et logés, mais subissaient également des sévices terribles, peut-être parce que l'on estimait qu'ils n'étaient pas assez intelligents pour ressentir la douleur, et qu'ils étaient quantité négligeable. Des pratiques médicales révolues que ce roman bien fait met en lumière, et qui ne sont pas l'apanage du Danemark.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Danemark / hôpital psychiatrique / handicap / maltraitance /


Posté le 13/05/2020 à 09:20

L'île du serment, Peter May / trad. de l'anglais. Actes Sud, 06/2016 (Babel Noir). 9,80 € *****

       Archipel de la Madeleine, à l'est du Canada. Sur l'île d'Entrée, la seule de l'archipel où on parle anglais alors que les autres sont francophones, James Cowell est retrouvé assassiné. On y envoie une équipe policière, dont Sime McKenzie, en raison de son bilinguisme. Il est notamment chargé d'interroger la veuve de la victime, et éprouve le curieux sentiment de la connaitre. Tout accable la jeune femme, ce qui afflige Sime convaincu de son innocence. 

        L'enquête policière dans ce milieu insulaire et préservé, que les jeunes générations désertent peu-à-peu, se double d'une quête personnelle. Affligé d'insomnies chroniques depuis la séparation d'avec sa femme, membre de l'équipe policière, Sime est épuisé et peine à garder les idées claires. Les quelques minutes de sommeil qu'il parvient à gagner le plongent dans les rêves où son ancêtre, dont il porte le nom, quitte son Ecosse natale et la famine 150 ans plus tôt pour se retrouver au Canada, perdant la femme qu'il aime et qui ressemble si curieusement à Kisty Cowell. Le récit prend ainsi une connotation qui frôle le fantastique, laquelle s'accorde parfaitement avec le décor, tout en embruns, en vents et en mer déchaînée, où les conditions de vie sont dures mais la nature sauvage et belle si on sait l'apprécier. L'ensemble est plutôt convaincant.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Canada / nature / migrants / 19ème siècle / île /


Posté le 12/05/2020 à 18:08

Mon territoire, Tess Sharpe / trad. de l'anglais. Sonatine, 08/2019. 551 p. 23 €. ****

Harley Jean est la fille du redoutable Duke McKenna, à la tête d'un immense réseau criminel en Californie du Nord. Elle perd sa mère à 8 ans dans de terribles circonstances. Son père prend alors en charge son éducation, à sa façon, c'est-à-dire qu'il l'élève à la dure, l'enferme dans un coffre de voiture, lui apprend à chasser, à se battre, et fait d'elle un parfait tireur d'élite. Vient le jour où elle doit lui succéder…

         Certes, Harley est imbattable, et capable de coller une balle dans l'œil d'un type à 50 mètres. Certes, elle s'est endurcie, et sait parfaitement de qui elle tient. Mais elle tient aussi de sa mère, et si elle accepte de reprendre les rênes de l'empire mafieux des McKenna, c'est surtout parce qu'elle veut entretenir le Ruby et protéger les Rubinettes, ces femmes victimes de violences conjugales qui trouvent refuge dans cet ancien motel. Se débarrasser de la meth qui a envahi tout le Comté. Et surtout de Springfield, qui dirige le clan au-delà de la rivière et qui est responsable de la mort de sa mère. Elle échafaude donc un plan, qu'elle va mettre en œuvre en une journée, tandis que son père se meurt en secret à l'hôpital. Avec l'idée fixe d'obtenir le respect dans ce monde d'hommes – pas seulement pour elle, mais toutes les femmes - et de faire les choses à sa manière. Entre chaque rebondissement de cette longue journée, elle raconte son passé par bribes, et révèle une personnalité à la fois humaine et terriblement dure. Girls don't cry, elle lutte pour garder la tête haute sans céder à la violence paternelle. On ne peut s'empêcher d'y trouver un côté un peu insistant ou répétitif dans ce combat qu'elle mène contre elle-même, afin de garder sa part humaine face au mal absolu. Mais l'héroïne est attachante, et le récit bien fait, une sorte de western noir et contemporain qui tient en haleine sans faiblir au long de ses 551 pages.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

drogue / Etats-Unis / femme / armes /


Posté le 27/01/2020 à 15:20

L'ombre de la menace, Rachel Caine / trad. de l'anglais. L'Archipel, 09/2019. 332 p. 20,99 € ****

         Une voiture défonce le garage de la maison de Gina et Melvin Royal. L'accident révèle que la pièce, parfaitement calfeutrée, servait en réalité à Melvin de salle de torture pour des atrocités commises sur de jeunes femmes, dont Gina ignorait tout. Elle est condamnée pour complicité puis relâchée, mais doit fuir avec ses enfants pour échapper au harcèlement d'une partie de la population persuadée de sa culpabilité. Quatre ans plus tard, devenue Gwen Proctor, elle s'est installée à Stillhouse Lake, une petite bourgade tranquille où elle pense pouvoir rester, tout en continuant quotidiennement à surveiller les cyberharceleurs. Mais la découverte d'un cadavre dans le lac attire de nouveaux soupçons sur elle…

         Comment Gina a-t-elle pu ainsi tout ignorer de la perversité absolue de son mari, qui donnait libre cours à ses pulsions dans sa maison même, et pendant des années ? La police aura bien du mal à croire en une telle naïveté, et bien qu'elle finisse par être acquittée, personne ne sera jamais convaincu de son innocence. Ce n'est pas seulement pour fuir les harceleurs, mais aussi pour échapper à ce doute permanent et tenter d'entamer une nouvelle vie vierge de tout soupçon que Gina devient Gwen. Evidemment, on ne peut jamais échapper à son passé, qui vous rattrape malgré toutes les précautions dont vous pouvez vous entourer – et celles de Gina-Gwen sont dignes d'un espion ou d'un agent du FBI. La méfiance des habitants, qui découvre sa véritable identité, peut-être compréhensible, mais l'acharnement de certains confine à la folie et déclenche une véritable chasse à la femme dont le rythme s'accélère et tient le lecteur en haleine. C'est dire si le roman est plutôt bien construit, malgré quelques invraisemblances, jusqu'à un dénouement final en apothéose au fond des bois.

 

Catégorie : Romans policiers / Polars

harcèlement / tueur en série / psychopathe / famille /


Posté le 26/01/2020 à 11:51

Un couple irréprochable, Alafair Burke / trad. de l'anglais. Presses de la Cité, 09/2019. 428 p. 21 € ***

         Angela Powell a tout pour être heureuse : après des années de vie modeste en tant que traiteur, elle a épousé Jason Powell, célèbre économiste auteur d'un essai à succès, et mène une vie paisible et oisive avec leur fils de 13 ans. Mais son bonheur vole en éclats lorsque Jason est accusé de harcèlement sexuel par l'une des stagiaires de son cabinet. Les choses empirent lorsqu'une femme avec laquelle il avait une liaison porte plainte pour viol. Mais Angela est décidée à défendre son mari, bien que son passé et le secret qu'elle tente de préserver risquent d'être utilisés contre elle.

         Encore un roman qui surfe sur la vague Me Too, me suis-je dit. Un de ceux où la femme est présentée comme victime et l'homme comme un prédateur incapable de contrôler ses pulsions. Corrinne, une inspectrice afro américaine, ainsi que Susanne, journaliste très populaire amie d'Angela, semblent toutes deux fermement décidées à ce que la jeune femme renonce à croire en l'innocence de son mari. Heureusement l'histoire échappe à un manichéisme simpliste et prend la forme d'une enquête extrêmement détaillée, qui donne les arguments des deux parties. L'auteur, qui a longtemps exercé en tant que procureure, connait parfaitement les arcanes du droit américain et ses spécificités - le principe du grand jury qui permet au témoin d'être affranchi de toute accusation, la réserve conjugale qui permet au conjoint de ne pas répondre à certaines questions – et ne nous épargne rien de l'avancée complexe de l'affaire. C'est long, et fait penser à ces films où sont filmés des procédures judiciaires qui vont dire aux prévenus, devant un tribunal français, Votre Honneur au président du tribunal. A l'inverse, le dénouement est extrêmement rapide, comme si l'auteur avait voulu se débarrasser au plus vite d'une histoire om finalement, le but était moins de montrer la perversité masculine que la nature retorse de l'âme humaine qui se cache derrière les jeunes femmes les plus innocentes.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Etats-Unis / harcèlement / procès / famille /


Posté le 26/01/2020 à 11:20

Les refuges, Jérôme Loubry. Calmann-Lévy, 10/2019 (Noir). 391 p. 19,90 € *****

         Un professeur d'université présente à ses étudiants un cas psychiatrique de "refuge psychologique" : en 1986, Sandrine Vaudrier, jeune journaliste, doit se rendre sur une île normande pour aller vider la maison de sa grand-mère qui y vivait en compagnie de quelques originaux. Elle découvre alors qu'une tragédie est arrivée en 1949, quand on a créé sur l'île un camp de vacances destiné aux enfants victimes des horreurs de la guerre. Les enfants se sont tous noyés lors d'une sortie en mer. Quel rôle ont joué les habitants de l'île dans ce drame ? Sandrine est retrouvée quelques jours plus tard errant sur la plage, profondément choquée. Son histoire amène les enquêteurs à découvrir que ce camp de vacances n'a jamais existé…

         Voici donc un cas d'école : qu'a vraiment vécu Sandrine, qui l'a poussée à se réfugier dans une histoire inventée ? Le travail de l'inspecteur, secondé par une psychiatre, va consister à repérer les "balises", c’est-à-dire de débusquer les éléments réels du récit de la victime, pour ramener à sa conscience les faits qu'elle a enfouis au plus profond de sa mémoire. Ce processus donne à voir une toute autre vérité, mais ce phénomène de déni ne donnerait lieu qu'à une simple révélation s'il ne cachait pas à son tour une vérité encore plus dérangeante. C'est alors que le roman prend tout son sens : les refuges s'emboîtent comme des poupées russes, pour donner jour à une véritable énigme que le professeur Villemin présente à ses étudiants et qui invite le lecteur à ne pas se laisser prendre au piège de l'interprétation facile. Voilà le lecteur tout aussi perplexe que les étudiants en psychologie, et il faut toutes les clés de l'enseignant pour parvenir à comprendre ce mécanisme complexe qu'est le déni. Jérôme Loubry distille les éléments de réponse et les effets de surprise avec brio.

Catégorie : Romans policiers / Polars

déni / psychologie / secret / traumatisme / séquestration /

Posté le 26/01/2020 à 11:17

La mort de Mrs Westaway, Ruth Ware. Fleuve noir, 09/2019. 431 p. 19,90 € ****

Harriet Westaway, surnommé Hal, vivote à Brighton en exerçant ses talents de cartomancienne hérités de sa mère, laquelle est décédée abruptement. Aux abois et sous la menace d'un créancier peu scrupuleux elle reçoit alors un étrange courrier l'informant du décès de sa grand-mère et de son statut d'héritière d'un gros patrimoine immobilier. Persuadée qu'il s'agit d'une erreur, puisqu'elle n'est pas la petite-fille d'Hester mais sa petite nièce, elle se rend tout de même aux obsèques d'Hester Westaway, et fait la connaissance de ses oncles sans avouer la supercherie…

         Comment Hal va-t-elle tenir sur la longueur, et accepter sciemment de spolier ses oncles et cette nouvelle famille au demeurant fort sympathique, alors qu'elle n'en a plus ? Le récit, entrecoupé des extraits du journal intime de la mère de Hal, permet au lecteur de comprendre petit à petit que la jeune femme n'est pas la profiteuse qu'elle pourrait être. Et puis il y a le fantôme de la sœur des oncles, disparue corps et biens, qui était très proche de la mère de Hal… Au-delà du polar psychologique, ce récit décrit également avec talent l'Angleterre contemporaine, les classes populaires et aisées, et brosse le portrait d'une famille où règnent de nombreux non dits. Mrs Westaway, la défunte propriétaire, est par définition absente du récit, mais très présente à travers le personnage de sa gouvernante acariâtre, et à travers ses principes d'économie qui font que le magnifique château dont Hal hérite n'est pas chauffé et tombe en décrépitude absolue ; elle incarne une aristocratie désuète dont la main de fer pèse encore sur ses descendants.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Angleterre / famille / héritage / secret /

Posté le 26/01/2020 à 11:16

L'homme craie, C.J.Tudor / trad. de l'anglais. J'ai Lu, 04/2019. 442 p. 8 € ****

1986. Eddie Adams, surnommé Eddie Munster, 11 ans, traine avec sa bande de copains : Gros Gav, Mickey Métal, Hoppo et Nicky. Ils ont mis au point un système de communication secret à base de bonshommes bâtons dessinés à la craie. Un jeu innocent qui s'avère pervers lorsque divers événements dramatiques vont troubler la quiétude de l'été : une jeune fille est très gravement blessée par la chute d'un manège, puis un corps démembré et sans tête est retrouvé dans la forêt. Sur la scène de crime, des bonshommes bâtons semblent indiquer où se trouvent les différentes parties du corps. Le professeur d'Eddie est accusé. Trente ans plus tard, les démons du passé refont surface et viennent briser le quotidien d'Eddie...

A 42 ans, Eddie est célibataire et enseigne l'anglais. Il partage la maison familiale avec une jeune femme gothique à laquelle il est plus attaché qu'il ne pense. Un peu paumé, un peu désabusé, il retrouve ses vieux copains qui contrairement à lui semblent avoir tiré un trait sur le passé. Eddie ne se pardonne pas certaines erreurs qu'il a commises, et sans doute espère-t-il, en essayant de retrouver les traces de cet homme craie surgi du passé, faire la paix avec ses fantômes. Les souvenirs reviennent petit-à-petit, et lui permettent de faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé trente ans plus tôt. L'alternance entre passé et présent est habile, le roman bien construit et plaisant. 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

amitié / adolescence / vengeance / Angleterre /

Posté le 11/12/2019 à 14:55

La disparition d'Annie Thorne, C.J. Tudor / traduit de l'anglais. Pygmalion, 04/2019. 403 p. 21,90 €. *****

Joseph Thorne est embauché comme professeur d'anglais dans un lycée d'une petite ville perdue du Nottinghamshire. Grandement désargenté suite à de nombreuses dettes de jeu, il doit retrouver un travail, même si ce n'est pas là sa principale motivation. En effet, il a passé son enfance dans la région, qu'il a quittée suite à l'accident de voiture qui a coûté la vie à son père et à sa sœur. Sa petite sœur qu'il chérissait et qui avait disparu un soir avant de revenir 48 heures plus tard, complètement différente…

Thorne est l'anti héros par excellence : solitaire, mal léché, passablement alcoolique et dépressif. Après avoir reçu un email anonyme, il revient 20 ans après sur les lieux de son enfance pour y mener une enquête qui s'annonce compliquée, dans une région reculée où il est considéré comme un étranger. Il s'obstine, malgré les fantômes de son passé, malgré la menace de ses créanciers, et fait surgir des secrets enfouis dans la mine désaffectée qui jadis animait la ville. Il règne dans ce roman une ambiance crépusculaire où les morts ne le sont pas tout à fait et reviennent hanter ceux qui osent les déranger. A mi-chemin entre le fantastique et le thriller, ce roman se dévore avec grand plaisir.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Angleterre / revenants /

Posté le 21/08/2019 à 18:10

L'enfant aux cailloux, Sophie Loubière. Fleuve noir, 04/2011. 330 p. 17,50 € ***

         Elsa Préau, institutrice retraitée vit seule dans un pavillon de banlieue. Un peu désœuvrée, elle observe ses voisins, un jeune couple avec deux jeunes enfants, et un troisième qui détonne : maigre, sale, introverti, il n'apparait que le dimanche dans le jardin où il joue avec des brindilles et des cailloux sans se mêler aux jeux de ses frères et sœurs. Pensant à de la maltraitance, elle tente d'alerter les services sociaux, qui répondent en prétendant que l'enfant n'existe pas. Est-il le fruit de l'imagination de la vieille dame, qui verrait en lui son petit-fils qui a disparu ?

         C'est en tout cas l'hypothèse que soutient son fils, qui met sur le compte de l'arrêt de son traitement les bouffées délirantes de sa mère, laquelle prétend subir un harcèlement téléphonique de son voisin et a truffé sa maison de pièges à souris. Tout porte bien évidemment à croire que la vieille femme affabule, et Sophie Loubière entretient savamment le doute chez le lecteur. C'est la force de ce roman, construit autour du personnage d'Elsa qui malgré ses obsessions est pleine d'humour et d'intelligence. Dommage qu'on y trouve des fautes d'orthographe difficilement admissibles : la "fausse septique", "je me suis permise", "le décès de ta mère m'a attristé" (c'est une femme qui parle), ou encore "traduit" à la place de "traduisit" dans un récit écrit au passé. Et pourquoi cette insistance sur le café, dont elle précise s'il est pris avec ou sans sucre, ou touillé à l'aide d'une petite cuillère ? Ce sont des détails certes, mais j'avoue qu'ils m'ont un peu gâché le plaisir de la lecture, et poussée à ne mettre que trois étoiles à ce thriller psychologique par ailleurs plutôt bien ficelé.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

folie / famille / maltraitance

Posté le 21/08/2019 à 18:09

Territoires, Olivier Norek. Pocket, 06/2016 (Thriller). 374 p. ****

         Malceny, dans le neuf-trois. Trois caïds de la drogue sont exécutés, à quelques jours d'intervalle. Quelqu'un d'autre veut prendre sa place. La brigade du capitaine Coste est chargée de l'enquête, alors que les émeutes se multiplient dans une ville gouvernée par une maire ambitieuse qui ne craint pas de s'entourer de malfrats, tant que cela lui permet de briguer un troisième mandat.

         Olivier Norek est lieutenant de police dans le même département. Alors forcément, son récit n'est rien de moins que vraisemblable : les descentes de police dans des quartiers dits "sensibles" qui finissent par des caillassages en règle, l'escalade de la violence, la précarité sociale qui pousse des retraités à faire les "nourrices" ou des gamins de 12 ans à devenir de véritables tueurs, il n'ignore rien de cette réalité tristement mise en avant ponctuellement par les médias. La solution se fait souvent à coups de subventions de l'Etat que des élus peu scrupuleux détournent à des fins électoralistes : c'est aussi cet aspect, au-delà du travail de terrain de la police, que raconte Olivier Norek dans un roman noir qu'on lit d'une traite, effaré, alors que confortablement assis dans son fauteuil préféré on se dit qu'on a bien de la chance de n'avoir pas grandi dans la cité des Cosmonautes.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

drogue / pouvoir /

Posté le 09/08/2019 à 10:21

Derniers mètres jusqu'au cimetière, Antti Tuomainen / trad. du finnois. Fleuve, 02/2019. 313 p. 19,90 € ****

         Jaakko et son épouse Taina ont mené une entreprise qui vend des champignons des pins, qui prolifèrent dans cette région de Finlande, et qui plaisent tellement aux Japonais qu'ils ont été rebaptisés matsutake. L'affaire est florissante, mais Jaakko apprend qu'il est victime d'un empoisonnement et qu'il ne lui reste que quelques jours à vivre.  Alors qu'il s'apprête à partager cette terrible nouvelle avec sa femme, il la surprend en plein ébat avec un de leurs employés. Il va alors mener l'enquête pour découvrir qui cherche à le tuer.

         Comment réagit-on quand tout s'écroule ? Quand on se sent trahi par ses proches ? Jaakko écarte la tentation du renoncement pour se battre, malgré les symptômes qui l'affaiblissent. S'ensuit un récit assez rocambolesque où il traque tout à la fois sa femme, ses employés, et des clients japonais. C'est à la fois tragique et drôle, et bien construit.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Finlande / adultère / poison /

Posté le 09/08/2019 à 10:16

Il était une fois mon meurtre, Emily Koch / trad. de l'anglais. Calmann Levy, 05/2019 (Noir). 426 p. 21,90 € ***

Alex a fait une chute en escalade. Depuis, il est dans le coma, victime d'un locked-in syndrom. Il entend tout ce qui se passe autour de lui, notamment les conversations entre Bea, sa petite amie, sa sœur et son père. Il découvre alors que sa chute n'était pas accidentelle, et que Bea est à son tour menacée. Mais il ne peut évidemment rien faire, d'autant plus que l'équipe médicale le pense en état végétatif, et qu'on envisage de le débrancher.

Alex est complètement impuissant, mais son cerveau fonctionne très bien. Aussi fait-il de nombreuses hypothèses, et mène une enquête qu'il ne peut partager. Tout l'enjeu consiste à ce qu'autour de lui, les autres fassent les mêmes suppositions que lui. Ce qui va être le cas, même si c'est beaucoup trop lent pour lui, dont le scanner continue de montrer une absence complète d'activité cérébrale. Alex est un protagoniste entièrement passif, l'enquête se déroule malgré lui jusqu'à un dénouement qui m'a paru quelque peu tiré par les cheveux et peu crédible. 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

escalade / coma /

Posté le 09/08/2019 à 10:16

Octobre, Soren Sveistrup / trad. du danois. Albin Michel, 03/2019. 633 p. 22,90 € *****

         A Copenhague, on découvre le cadavre d'une femme amputée d'une main. Quelques jours plus tard, une autre victime est trouvée, les deux mains coupées. A chaque fois, à côté du corps se trouve un petit bonhomme fabriqué avec des marrons et des allumettes. Une signature de l'assassin d'autant plus importante qu'elle porte les empreintes de Rosa Hartung, la fille de la ministre des affaires sociales, qui a disparu un an plus tôt. Naia Thulin, secondée par un inspecteur en situation délicate, suit cette piste qui ne convainc pas sa hiérarchie, laquelle refuse de faire le lien entre les deux affaires.

         Ce drôle de tandem, incarné par une jeune femme qui peine à se plier à toutes les conventions et un policier en disgrâce aux abords antipathique va, à force d'obstination, triompher des multiples fausses pistes et pseudos révélations des deux affaires. Un bon thriller dans l'ambiance automnale de l'Europe du Nord.

Catégorie : Policiers / Thrillers

enlèvement / Danemark / vengeance

Posté le 09/08/2019 à 10:12

Cataractes, Sonja Delzongle. Denoël, 04/2019 (Sueurs froides). 391 p. 20,90 €. ****

         Jan Kostadinovic a perdu toute sa famille lors d'un glissement de terrain qui a englouti le village de Zavoï, dans les Balkans. Trente ans plus tard, il est devenu hydrogéologue et vit à Dubaï avec sa femme et sa fille. Il est resté traumatisé par la catastrophe et n'a jamais remis les pieds dans sa région d'origine, jusqu'au jour où son ami Vladimir Krstic, directeur de la centrale hydraulique construite sur l'emplacement de l'ancien village, l'appelle à l'aide : la centrale révèle des failles et l'ingénieur craint que le terrain instable ne la détruise. Jan doit donc se rendre sur les lieux pour explorer les sources en profondeur, accompagnée de Marija Pavlovic, une journaliste amie de Vladimir qui s'intéresse au phénomène. Mais leur exploration leur fait faire des rencontres inattendues et dangereuses, tandis qu'à la centrale, des meurtres se produisent…

         Un bon thriller, un vrai, dans lequel Sonja Delzongle manie le suspense avec un art consommé. D'origine slave elle-même, elle a donné à son roman une dimension historique, celle de l'héritage douloureux de la guerre fratricide de l'ex Yougoslavie à laquelle bon nombre des personnages ont pris part, Serbes ou Croates. Les blessures ne sont pas encore cicatrisées. A ces stigmates s'ajoutent les légendes locales, celle de la source de Babin Zub et de son gardien, et celle du village fantôme qui surgit des brumes du lac, les soirs de pleine lune. Le climat, dans le printemps tardif des Balkans, est angoissant à souhait, d'autant plus que l'auteur, comme dans son précédent opus Boréal, n'épargne rien à son protagoniste, qui doit tout à la fois lutter contre le traumatisme de son enfance, les croyances populaires dont il est malgré lui imprégné, des adversaires inattendus et redoutables, d'innombrables accidents, chutes et blessures sont il ressort quasiment indemne. Un bémol cependant pour les dernières pages, qui viennent clore de façon dramatique un récit qui n'en avait pas besoin.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Croatie / Serbie / barrage / guerre / folie / légendes /

Posté le 15/07/2019 à 16:59

Surface, Olivier Norek. Michel Lafon, 04/2019. 419 p. 19,95 €. ****

         Noémie Chastain, lieutenant de police, est très grièvement blessée au visage lors d'une intervention de police. Elle en garde des séquelles physiques – elle est défigurée – et psychologiques – elle est devenue incapable de tenir une arme. Ses supérieurs l'envoient à Décazeville, dans l'Aveyron, pour évaluer l'intérêt de maintenir une équipe de police dans une région sans histoire. D'abord meurtrie et en colère à cause de ce qu'elle prend pour une sanction, elle se résigne à passer quelques semaines fort monotones, jusqu'à ce qu'on découvre le corps d'un enfant dans un fût en plastique dans le lac artificiel qui a noyé tout un village, vingt-cinq ans plus tôt…

         Olivier Norek est policier, cela se sent dès les premières pages du roman. Tout y est raconté de façon plausible et vraisemblable. S'il n'évite pas certains clichés et que la psychologie des personnages est parfois un peu simpliste, le récit est bien construit et le suspense savamment dosé.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

campagne / secret / barrage /

Posté le 15/07/2019 à 16:58

Ce que savait la nuit, Arnaldur Indridasson. Métailié, 02/2019 (Noir). 285 p. 21 € **

Un groupe de touristes allemands découvre le cadavre d’un homme pris dans les glaces du Langjökull, en Islande. Il s’agit d’un homme porté disparu il y a trente ans. Konrad, policier en retraite, décide de consacrer son temps à ouvrir l’enquête. Il se rend au chevet du présumé coupable de l’époque, qui continue à nier, et meurt sans jamais avoir avoué. Konrad dispose de très peu d’éléments pour faire la lumière sur ce meurtre, et l’enquête s’avère très fastidieuse, jusqu'au jour où un accident de la route le met sur une nouvelle piste...,

Une enquête fastidieuse pour Konrad, mais aussi pour le lecteur. Ce qui fait d’ailleurs l’intérêt de ce roman au rythme lent et erratique, c’est bien moins les recherches de Konrad que le personnage lui-même, dont le père violent et roublard est mort assassiné, qui souffre d’insomnie et ne se remet pas du décès de sa femme.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

meurtre / vengeance /

 

Posté le 15/07/2019 à 16:51

Chacun sa vérité, Sara Lövestam / trad. du suédois. Pocket, 01/2018. 300 p. 6,95 € ***

         Kouplan est iranien. Sans papiers, il vit dans l'angoisse constante d'être repéré par la police et reconduit dans son pays. Pour gagner sa croûte il s'est improvisé détective privé. Pour sa première enquête il est chargé de retrouver une petite fille, Julia, dont Pernilla sa mère refuse de signaler la disparition à la police, craignant que les services sociaux ne la lui confisquent, au point qu'elle n'a jamais déclaré sa naissance. Kouplan mène une enquête qui n'en est pas une : il interroge les passants, les vendeurs du quartier où Julia était avec sa mère au moment de sa disparition, se rend au cyber café pour faire des recherches sur Internet. Il reconnaît ne pas trop savoir comment s'y prendre, et s'interroge davantage sur la personnalité de la mère, relevant dans ses propos des contradictions qui, petit à petit, sèment le doute dans son esprit : Julia existe-t-elle vraiment ?

Le roman s'achève sur un double dénouement : le premier est logique, sans surprise, mais a le mérite de clore l'enquête de Kouplan. Dans les toutes dernières pages s'ajoute un deuxième élément, parfaitement inutile sauf à considérer que le roman est le début d'une trilogie consacrée à ce drôle de détective à travers lequel on découvre la vie d'un sans papier à Stockholm.

 

Catégorie : Romans policiers / thrillers

Suède / disparition / psychologie / migrants

Posté le 18/04/2019 à 10:31

En attendant la neige, Catherine Desrousseaux. Calmann Lévy, 01/2019. 287 p. 17,90 € ****

Véra était au volant de sa voiture avec mère et sa sœur quand elle a eu un accident. Si sa sœur Mathilde n'a eu que quelques blessures superficielles, sa mère est morte et elle a passé plusieurs jours dans le coma et souffre de nombreuses séquelles psychologiques. Elle fuit Mathilde qui la surprotège et se réfugie dans les montagnes du Haut Jura, dans le chalet d'un ami, espérant grâce à la solitude se sevrer de ses médicaments et recouvrer la mémoire. Elle fait la connaissance de son voisin, un homme mystérieux et distant, et doit affronter l'hostilité des habitants du village.

         La neige n'arrive pas à la fin mais assez vite à l'arrivée de Véra dans le chalet. Ce ne sont d'abord que des papillons blancs, mais bientôt elle va tomber dru et avoir de lourdes conséquences sur la vie de la jeune femme : elle l'isole, la force à un huis clos avec son étrange voisin, l'empêche de quitter le chalet. Véra n'attend pas la neige mais qu'elle s'arrête de tomber. L'inquiétude monte, des signes macabres lui sont envoyés, et voilà qu'elle est attirée par son voisin, qui ne semble pas nourrir les mêmes sentiments qu'elle.

         Un bon thriller montagnard, plaisant à lire, si l'on excepte le problème, récurrent chez nombre d'auteurs contemporains et qui m'agace sérieusement, de l'emploi des temps du passé. Au risque de passer pour un parangon du conservatisme littéraire, je dis et je me répète : non, on ne met pas dans la même phrase le passé-simple et le passé-composé, qui ont la même valeur, mais pas le même niveau de langue, le premier appartenant au registre soutenu, le deuxième à la langue orale. On peut trouver le premier trop emprunté, obsolète et artificiel ; dans ce cas  on ne l'utilise pas, tout simplement.

 

Catégorie : Romans policiers / thrillers

Jura / hiver / famille /

Posté le 18/04/2019 à 10:30

Qui a tué l'homme-homard, J.M. Erre. Buchet-Chastel, 01/2019. 355 p. 19,00 € *****

A Margoujols, un petit village reculé de Lozère, on retrouve le cadavre affreusement mutilé de Joseph Zimm, surnommé l'homme-homard en raison de la difformité de ses mains. Il faisait partie d'un cirque de monstres, arrivé à la fin de la guerre, qui s'est établi là après la mort de son directeur. L'adjudant Pascalini est envoyé sur place pour découvrir le meurtrier, et trouve une aide inattendue en la personne de la narratrice Julie, qui malgré sa tétraplégie s'avère une enquêteuse hors pair et projette de faire de l'enquête un polar bien ficelé. Très vite, les soupçons tombent sur l'auteur d'un blog intitulé "Je vois la vie en monstre", tandis que les habitants nourris aux séries policières se mêlent du travail de Pascalini...

Jubilatoire. C'est l'adjectif qui résume le mieux ce livre aussi drôle sur le fonds que sur la forme. Sur le fonds, il y a les villageois hyperconnectés de ce village perdu, qui doivent leur 4G au handicap de Julie, équipée d'un fauteuil roulant électrique tout terrain et dernier cri, 6 poneys sous le capot, ce qui lui permet de dépasser les 10 kilomètres heure en obligeant son interlocuteur à courir à ses côtés. Précisons que Julie bave (beaucoup), et n'a pour seul moyen de communication que son ordinateur qu'elle manie avec la seule partie de son anatomie valide, à savoir son majeur. Ajoutons à cela une enquête rocambolesque, des freaks vieillissants qui ont fait des enfants dans le village, un adjudant complètement dépassé par les événements et un adjoint qui porte le nom ridicule de Babiloune, ce qui ne l'empêche pas de devenir l'ami de Julie. Sur la forme, J.M. Erre s'amuse, dénonce les poncifs et autres clichés littéraires à travers la plume de sa narratrice qui, en rédigeant son polar, s'interroge sur la façon dont elle pourra suivre les conventions du genre sans sombrer dans les lieux communs. Au point même de nous donner la recette du bon polar qui "compte pléthore d'amateurs exigeants répartis en chapelles aux attentes contradictoires et prêts à en découdre à la moindre alerte."

De quoi apprendre en s'amusant, et lors de ses prochaines lectures policières, trier le bon grain de l'ivraie.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Lozère / handicap / monstre /


Posté le 27/03/2019 à 10:01

L'Unité Alphabet, Jusse Adler Olsen / trad. du danois. Albin Michel, 09/2018. 628 p. 22 €

         L'avion de Bryan et James, deux pilotes de la RAF, est abattu au sud de l'Allemagne alors qu'ils tentaient de cartographier la région. Ils trouvent refuge dans un train qui convoie des blessés allemands, pour l'essentiel des officiers SS traumatisés, qu'on va installer dans un hôpital psychiatrique appelé L'Unité Alphabet. Les deux Anglais endossent l'identité de deux officiers, et vont passer là de longs mois au cours desquels ils sont soumis, comme d'autres, à de terribles expériences. Bryan réussit à s'enfuir en laissant son ami aux mains des tortionnaires. Trente ans plus tard, Bryan, devenu médecin consultant, se rend à Munich lors des JO de 1972, et se met en tête de découvrir ce qui a pu advenir de James.

         La première partie du roman, basée sur des faits réels, fait la part belle à la sauvagerie nazie qui n'hésite pas à soumettre ses plus hauts gradés à des traitements barbares, entre électrochocs et conditions de détention épouvantables. Pour autant, il y a, parmi les patients atteints de diverses pathologies mentales, aggravées par les expérimentations, d'autres simulateurs que nos deux Anglais. D'historique, le roman semble glisser vers l'espionnage, et revient au genre du thriller lorsque Bryan entreprend sa quête désespérée, qui va lui faire retrouver quelques-uns des patients de l'Unité Alphabet. Le mélange est habile, et si l'on pourrait reprocher au roman une première partie un peu longue, celle-ci prend tout son sens lorsque Bryan remue le passé. L'action se précipite ensuite, durant les quelques jours de l'enquête, et emporte le lecteur.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

guerre / nazisme / amitié /

Posté le 23/02/2019 à 16:12

La ville des morts, Sara Gran / Trad. de l'anglais. Le Masque, 01/2015. 326 p. 20 €